Quel gain de temps immense, de vie et de santé, peut donner une femme! Adorez celle-ci. Bénissez-la, bénissez Dieu.

Ceci est-ce un roman? Point du tout. À Paris, dont on dit tant de mal, j'ai cela sous les yeux. Notre paisible rive gauche m'offre fréquemment ce tableau. Dans une seule maison où il se fait d'excellents cours, je vois trois ou quatre cents dames, amenant leurs petites filles, travaillant pour elles, avec elles, changeant leurs habitudes, acceptant tout à fait la vie la moins mondaine, concentrées tout entières dans l'idée de l'enfant. «De quelle classe ces dames?» Surtout de la moyenne, femmes de magistrats, de professeurs et de négociants.

Les très longues absences de l'homme, occupé tout le jour, sont ainsi saintement et admirablement remplies.

La mère est bien payée de tous ses sacrifices. Elle a l'enfant à elle, et le jour et la nuit, et surtout (c'est sa fête) pour le repas du soir.

Vers dix heures du matin quand il revient de classe, ou vers quatre heures encore, elle est à la fenêtre, l'aperçoit de loin et palpite. Elle s'étonne un peu de le voir qui revient à petits pas, si lent, s'amusant à toute chose.

Lui absent, elle étudie fort. Chose peu difficile, après tout. La mère intelligente peut sans se fatiguer se tenir en avant toujours, marcher devant l'enfant.

L'hiver seulement il est dur de se lever si tôt. Son mari a compassion. Mais elle a si grand cœur! L'enfant serait grondé s'il n'avait appris ses leçons. «Eh bien! chère, dit-il, je me lève.—Non, tu es fatigué d'hier. C'est moi qui le ferai répéter, et je veux d'ailleurs l'arranger à ma guise et le faire déjeuner. C'est le Chaperon rouge. Moi seule, je puis lui bien arranger son panier.»

Se levant ainsi de bonne heure, dans sa vie toute nouvelle, le soir aussi, comme l'enfant, de très bonne heure elle a sommeil. Innocemment elle s'endort, et parfois d'un jeune sommeil si fort que, non sans peine, elle et lui on les met au lit.

«Monotone existence», me diront les mondaines; mais combien celle-ci y gagne en fraîcheur, en beauté! Combien elle en est rajeunie!

Si ces gens-là avaient le malheur d'être riches, ils ne pourraient avoir cet intérieur. Le fils aurait un précepteur. Un étranger, un témoin, serait là. L'éducation n'exigeant pas leur concours, ils pourraient à leur aise continuer la vie mondaine, qui ne manquerait pas de les éloigner l'un de l'autre.