Un grand livre viendra de lecture populaire, qui nous ouvre à tous l'Orient, qui rende à la femme, à l'enfant, au peuple (et qui n'est peuple?) les belles régions de la lumière. Comment nous retient-on toujours dans ce triste Occident, aux brouillards de l'Europe? Tout au plus on nous mène dans l'Arabie Pétrée, au désert Sinaïque, au paysage lugubre de Judée. J'ai pitié de l'espèce humaine.

Oui, il faut lire la Bible. Mais pourquoi la seule Bible juive, sombre toujours, souvent morbide? de lecture si scabreuse? Elle a les dangers du désert. Souvent, quand tout est plane, quand vous suivez avec votre candide épouse, votre innocente fille, un beau récit empreint de sainteté, au détour d'un verset (comme derrière un noir genévrier) l'impur esprit paraît... La voilà bien troublée, qui ne veut pas comprendre. On continue de lire... Mais entend-elle encore? Elle dormira mal cette nuit.

Donnez-lui bien plutôt le poème de la fidélité, la jeune, l'admirable Odyssée, Ulysse et Pénélope. Lisez-lui le Ramayana, le délicieux poème, la Pénélope indienne, sa fidélité héroïque et l'amour de Rama, sa guerre, et sa victoire où ce dieu de bonté associe toute la nature. Qu'elle ait en main surtout la Bible de la Perse, sans danger, sans détour et lumineuse autant que l'hébraïque est sombre. Ici tout est honnête, tout est dans le grand jour de la vraie sainteté. C'est le pays des purs. Le purificateur, le tout-puissant soleil, illumine tout de son regard. Et que voit-il qui ne soit aussi pur? le labeur, le labour, le travail héroïque du Juste. Un parfum sain, salubre, s'élève de ces livres de labourage, «comme la bonne odeur de la terre, dit un ancien, quand, après la pluie, la charrue ouvre le sillon».

Il y a aujourd'hui un siècle depuis que Anquetil, le héros voyageur, nous conquit ce trésor. Pourquoi l'a-t-on peu lu? c'est qu'il est dispersé dans ces chants fragmentaires et peu liés de l'Avesta.

Les poèmes qui en seraient l'interprétation naturelle, ne nous sont arrivés qu'à travers les mains musulmanes, l'or pêle-mêle avec le gravier.

N'importe, je le crois, ces trésors dispersés seront repris, et réunis, largement expliqués par un grand cœur tout plein de la flamme sacrée.

Dix mille ans ne sont rien. Ni le soleil, ni l'homme, ni la terre n'ont changé. L'idéal est le même. Cet antique génie se retrouve encore jeune. Les batailleurs passèrent, grecs et romains. Et les pleureurs chrétiens. L'humanité reprend sa vraie voie: le travail dans la lumière et la justice.

Que j'aurais volontiers brûlé mes livres pour écrire celui-là. Il est tard, et trop tard. Je ne sais point ces langues, ces hautes origines. Des grands fleuves de vie qui ont tombé de là, je n'ai point vu la source, et n'ai mouillé mes lèvres qu'à leur dernier ruisseau. J'y venais altéré, des poudreux chemins de l'Histoire où chemina ma vie, âprement et aveuglément. L'Histoire, cette violente fée, m'a traîné par cent choses de fâcheuse réalité: j'ai revécu trop de misères. Pèlerin attardé, j'y viens à temps pour boire, non pas pour rétablir le cours des grandes eaux. Un plus jeune, un plus digne le fera, et sera béni.

Quel charme y trouveront les jeunes cœurs en leur primitive pureté! Et les femmes le sont toujours bien plus que nous, quand elles sont vraies femmes, quand elles ont gardé le foyer, presque ignoré le monde (chose si ordinaire dans les classes laborieuses). Entre ce saint foyer et le berceau de son enfant, l'épouse est toujours jeune, d'un cœur tout virginal. La fécondité n'y fait rien. Remontrez-lui ces choses; elle se reconnaît, dit: «C'est moi.» Elle est toujours l'épouse qui, unie avec toi, priait au feu de Zoroastre, celle qui, d'un même cœur, avec toi trouvait, chantait l'hymne, le premier chant du Rig-Véda.

CHAPITRE VII
Le Devoir.