Forte éducation de la mort, qui vaudrait mieux que les supplices, qui sur l'enfant manquerait peu son coup. Je jure que la tempête, ainsi traitée, ne résisterait pas.

On nous conte doucereusement les réformes humaines du second Port-Royal qui eut si peu d'élèves, ou les éducations princières de Fénelon, etc. Mais rien n'était changé dans le grand courant général. Le Moyen-âge poursuivait son chemin. Les hauts collèges des Jésuites qui gâtaient tant leurs écoliers, ne les battaient pas moins, et jusqu'à nous. M. de La Rochejacquelein, qui en était, me l'a dit à moi-même.

L'excellent De La Salle, le créateur des Frères de la Doctrine chrétienne, qui eut le bon esprit de bannir le latin des petites écoles, de faire lire en français, pour les punitions suit très exactement la méthode du Moyen-âge, de chasser la malice par la verge et le fouet (1724, réimprimé encore en 1828). Il le dit avec un détail fort cru et fort choquant.

Les férules, frappées dans la main, plus décentes, plus cruelles peut-être, avaient un avantage. Elles aidaient le maître à se régler et à compter les coups. Ce bois dur, impassible, interposé froidement, le gardait de l'horrible ivresse qui trop souvent l'aveugle. On a supprimé les férules, et nominalement toute punition corporelle. Cela est-il possible dans ce système du vieil enseignement? Les pénitences plus longues, moins simples, sont impraticables.

Hors de Paris et des écoles modèles qu'on montre aux étrangers, entrez dans la première école, vous le verrez, le maître frappe, et il ne peut faire autrement.

Par ce faux adoucissement, on l'a cruellement exposé. Dans ses pénibles fonctions, dans cette éternité des jours interminables, dans le bruit des marmots, dans sa dure vie de moine, isolé, sans consolation, il est aigre, irrité, ouvert à tout instinct mauvais. Est-il de bois? de pierre? S'il s'emporte, s'égare, et si de la victime le Démon passe à lui, se saisit du bourreau, peut-on s'en étonner?

Les lettres du supérieur Étienne (1854, 1860, 1861) et les innombrables procès qui ont suivi, n'ont que trop éclairé ce sujet lamentable. Nous n'ajouterons pas à la honte de ces malheureux. Leur vie est un enfer. Ils nous conservent ici l'image douloureuse de ce qui (moins connu, mais non pas moins cruel et non pas moins souillé) a duré de longs siècles aux ténèbres du Moyen-âge.

CHAPITRE II
L'Âge humain.—Les deux types: Rabelais, Montaigne.

Un mot, un simple mot fit un effet immense, un grand coup de théâtre, quand on le retrouva après le Moyen-âge, ce petit mot: Humanité.

Chose terrible! l'homme en ce funèbre songe avait même oublié son nom. En sortant de la tombe, du long ensevelissement, il se tâta lui-même, enfin poussa ce cri.