J'ai trouvé à tout âge un grand soutien à posséder (disponible toujours) ce puissant cordial. Il n'est pas seulement dans les œuvres sublimes, primitives, Eschyle ou Homère. Même dans l'art proprement dit, aux siècles littéraires, la noblesse et la grâce suffisent pour nous remonter dans une autre sphère morale. Un illustre savant du seizième siècle, qui sut l'Antiquité comme elle se savait elle-même, dit son impression d'un chant du pur esprit: «L'Empire de Charles-Quint fait pitié à celui qui a senti le chant d'Horace à Melpomène

CHAPITRE II
Réformes de l'Université.

L'enseignement de l'Université n'est pas, comme celui du clergé, discordant et contradictoire, moitié païen, moitié chrétien. Il procède d'un même esprit. Mais dans la forme il est peu lié et incohérent. Chaque branche d'études semble un objet à part, et n'est pas raccordé dans une harmonique unité.

Il faut considérer que, malgré son antique nom, cette fille de Charlemagne, cette fille de Philippe-Auguste, est véritablement très jeune. Telle que nous la voyons, elle ne date que d'un demi-siècle. Elle naît réellement au retour de la paix. Jusqu'en 1815, son maigre enseignement fut uniquement celui des langues classiques, et qu'on approfondissait peu. À la paix seulement, lorsqu'on put enfin se reconnaître, toute la science y entra tout à coup. Énorme invasion. Un jour l'histoire commence, un autre les études physiques, et mille choses presque en même temps. Tout cela de façon inégale et désordonnée, sans aucun souci de l'ensemble.

Chaque nouvel objet d'étude qui arrivait se faisait grande place, s'établissait en maître. Le zèle ardent des nouveaux professeurs, leur dévouement passionné, étendait sans mesure la part de leur enseignement. Exagération très utile, je pense, dans le premier moment, pour fonder fortement et sans retour ce que nos adversaires critiquaient, attaquaient et auraient voulu supprimer (l'histoire surtout). Parmi ces fondateurs nommons le savant, l'acharné, l'infatigable M. Poirson, qui fit nombre de fanatiques de ce nouvel enseignement.

Aujourd'hui, il convient de regarder l'ensemble, d'harmoniser mieux les études et d'en faire un tout organique. Chacune se simplifiera, s'associera aux autres. Toutes ensemble pourront concorder.

Autrefois, la lecture s'enseignait fort péniblement, lettre par lettre; autrefois, le dessin s'enseignait par détails isolés, ennuyeux, qui rebutaient, décourageaient l'élève; on dessinait un an la bouche, un an le nez. On donne aujourd'hui des ensembles, et le sens de la vie éveillé chez l'élève le soutient, hâte ses progrès.

L'analyse, le détail abstrait, vont bien aux esprits mûrs, mais aux jeunes esprits il faut offrir des masses, des ensembles, le concret plutôt que l'abstrait. Je voudrais qu'à l'école le dessin des objets vivants précédât le dessin des lettres, l'écriture. Dans les figures d'animaux, végétaux, l'enfant aurait d'avance plusieurs figures de lettres. L'écriture précéderait la lecture, bien plus difficile. Les cartes en relief, moulées par les élèves, précéderaient les cartes planes dessinées sur papier, et la géographie, un peu géologique, une histoire de la terre, amènerait à l'histoire humaine.

Histoire, langue, art, trois choses qui pour chaque nation doivent être présentées d'ensemble et non isolément. Pour les jeunes enfants qui commencent, j'aimerais qu'un même maître leur enseignât la Grèce, par exemple, en toutes ses manifestations, en tout ce qui fit son génie.

D'abord, à la façon de Pestalozzi, ils feraient une Grèce de terre ou de sable, un relief grossier du pays; puis une Grèce plus détaillée sur papier qu'ils aimeraient à colorier. Puis, sur ce sol, on ferait agir l'homme, la Grèce en ses grands traits historiques, victoires sur l'Asie, duel de Sparte et d'Athènes, conquêtes d'Alexandre. Mais quelle langue parlaient ces héros? La plus claire, la plus lumineuse qu'aucun peuple ait parlée. On en donnerait quelque chose, des mots (et fort peu de grammaire; il est stupide de commencer par là)[116].