L'art grec est une langue encore. J'aimerais fort que le même maître pût leur faire dessiner ces merveilles de sculpture et d'architecture (l'Hercule, par exemple, le Temple de Thésée), marquer combien cet art s'accorde à cette langue fine et forte, à cette histoire, à cette terre si ingénieusement découpée qu'elle semble elle-même un objet d'art.

Qu'un même homme ébauchât la Grèce aux quatre points de vue, cela serait beaucoup. Et la forte harmonie de cet enseignement étant assurée, des maîtres spéciaux les approfondiraient tous les quatre.

Je les voudrais d'accord, ces maîtres, sachant chaque semaine où en sont leurs collègues, se voyant, s'entendant entre eux. Il est déplorable aujourd'hui de voir la langue grecque enseignée sans nul rapport à l'histoire grecque. Les professeurs n'ont nulle connaissance de ce que leurs collègues font avec les mêmes enfants; ils ne se connaissent même pas.

«Mais cet enseignement harmonique d'une même chose, d'une âme de peuple, s'il est si fort, ne risquera-t-il pas d'influer trop, de faire de petits Grecs, de serviles imitateurs?»

L'objection serait grave, si l'on donnait un peuple seul, ou deux, comme on fait aujourd'hui, deux langues, la grecque et la romaine. Mais dans l'enseignement nouveau que tout prépare, on verra mieux, et pour la langue et pour l'histoire, la place que ces peuples occupèrent dans le grand ensemble, leur rapport aux sociétés qui ont précédé ou suivi.

Sans faire nos élèves indianistes, on pourra par des synglosses élémentaires, leur donner le plaisir de descendre le fleuve des langues et des nations. De minimes changements, souvent d'une ou deux lettres, font couler certain mot, père ou mère par exemple, du sanscrit au grec, au latin, au français.

Le courant historique, le courant linguistique, vont ensemble naturellement. L'enfant voit que la Grèce et Rome ne sont point des miracles, mais des parties d'un tout immense. Trois points les signalent, il est vrai: leur puissant équilibre, leur très fine culture, leur élan héroïque. Mais cela n'empêche pas que ces deux grandes nations ne puissent être inférieures par tel côté à d'autres. La Grèce, par exemple, toute urbaine et artiste, a fait la guerre à la nature, l'a appauvrie; la Perse au contraire fécondée. L'héroïsme agricole de celle-ci évoquant les sources, les arbres, fit de son vaste empire le jardin de l'Asie.

Ce que je viens de dire se résume en un mot: recomposer l'enseignement, l'harmoniser, enseigner par masses et grands ensembles, des ensembles vivants.

Et ce que je vais dire se résume en un mot: recomposer l'homme même, ne plus le mutiler en exagérant telle partie, telle faculté, et supprimant les autres; ne pas détruire en lui les facultés actives, ramener dans la classe la vie et le mouvement.

Pestalozzi, à Stanz et à Berthoud, n'enseignait que debout et tenait debout les élèves. C'est à Yverdon seulement et dans la décadence de l'Institut qu'on les laissa s'asseoir.