Nos classes actuelles offrent un tableau tout contraire. On dirait des assemblées de petits paralytiques, de culs-de-jatte, de vieux petits scribes. J'y crois voir le concile des grenouilles que peint un monument indien (Voy. Max Müller), qui servilement, d'après le maître, répètent un coax! coax! éternel.

Ne pourrait-on alterner dans l'étude, tantôt debout, tantôt assis, user des tables hautes, écrire moins sur cahiers, et davantage sur l'ardoise?

«Mais tout cela rend l'ordre difficile, le rend même impossible en des classes nombreuses.»

Oui, c'est là le grand mal, la classe est trop nombreuse. Dès lors la discipline est le point capital, l'enseignement le point secondaire. Le professeur est accablé, écrasé d'une surveillance si difficile. Elle n'est efficace que par une sévérité excessive qui cloue l'enfant sur une place; mais plus il est ainsi fixé et immobile, plus grande est son inquiétude, son agitation intérieure et son besoin du mouvement.

On a brusquement délaissé, après quelques essais insuffisants, la seule forme d'enseignement qui permît le mouvement, rendît l'enfant actif, l'Enseignement mutuel, qui, vers 1820, avait eu pourtant d'heureux fruits. Il avait le tort grave de donner à l'élève un esprit moins timide, plus libre, une plus vive et rapide initiative, le tort de faire des hommes. L'enseignement autoritaire où le seul maître est tout, a été rétabli dès la Restauration. En 1834, les résumés qu'on fit de la grande enquête d'alors, montrent déjà certaine préférence pour les écoles les plus autoritaires, les écoles ecclésiastiques, les écoles du respect servile, qui, au règne suivant, devaient tout envahir.

Un peuple calme et sage, de très grand sens pratique, la Hollande, a donné un exemple, déjà suivi de l'Angleterre. C'est d'employer, non pas des moniteurs quelconques, comme dans l'ancienne École mutuelle un peu trouble et un peu bruyante, mais quelques moniteurs choisis avec grand soin dans les plus sérieux élèves, et dans ceux qui se destinent à l'enseignement. Cela a réussi admirablement bien. Que ne l'essayons-nous aux écoles, aux collèges, dans les classes surtout trop nombreuses?

Les Hollandais et les Anglais les payent. Mais les nôtres, de nature plus expansive, payeraient plutôt, s'il le fallait, eux-mêmes pour qu'on leur permît d'enseigner. Le premier besoin du jeune âge, c'est l'activité, l'épanchement. Le supplice des classes dans l'enseignement actuel, c'est la passivité, l'inertie, le silence auxquels est condamné l'enfant. Recevoir toujours sans donner jamais! mais c'est le contraire de la vie. Son cours alterne ces deux choses; avidement elle reçoit, mais n'est pas moins heureuse de s'épandre et donner.

N'en déplaise aux maîtres, je dis que ce jeune maître improvisé, tout neuf et non blasé, enseignera bien mieux. Mille choses, lourdes et peu amusantes dans une grave bouche officielle, saisiront cent fois plus dans la vivacité charmante d'un enfant qui en cueillit hier la prime-fleur, et les redit avec l'amour, la grâce de la première révélation.

D'heureux signes se montrent. L'enfant sera moins malheureux. Des collèges à la campagne (comme Sainte-Barbe en a donné le premier exemple à Fontenay), c'est une heureuse innovation. Je ne voudrais conserver dans les villes que quelques externats indispensables aux citadins.

Les vacances au bord de la mer. Autre innovation très heureuse du ministre pour ceux qui n'ont pas de parents ici.