Voilà les deux Écoles. Absurde discordance. Mais voici en pratique ce qui est plus absurde encore. C'est que la haute école, fondée toute sur la liberté, fournit encore en quantité des avocats sceptiques qui ne s'en soucient guère, vont plaider pour ou contre, et quantité de faibles et serviles fonctionnaires. Et l'école d'en bas, qui ne prêche que fatalité, quand le soir au café elle parle des affaires publiques, oublie entièrement son dogme fataliste, parle étourdiment d'être libre.

Fort noble inconséquence du futur médecin à vingt ans. Mais à vingt-six ou trente, il devient conséquent, très bon fataliste en pratique. Il respecte, il honore le fait uniquement, s'aplatit pour avoir une petite place, s'ouvrir un certain monde, certaine clientèle, devenir, s'il le peut, médecin d'un couvent. Sa mère l'admire alors, devient fière d'un si bon sujet.

Il est insensé, ridicule, funeste, que les deux Écoles s'ignorent à ce point l'une l'autre, que l'école d'en haut ignore le Fait et le réel vivant, que l'école d'en bas n'ait aucune notion du Droit.

Les deux étudiants semblent en vérité deux sauvages, l'un et l'autre abrutis de spécialité. Il y a ici une lacune énorme que je marquais ailleurs, l'absence d'une étude commune d'où divergent les deux Écoles.

Il y a certainement un intermédiaire à créer où elles trouvent leur concordance. Un cours doit exister où tous apprennent ce qui leur est commun, où le médecin voie ce qu'il doit connaître du droit, où le légiste voie ce qu'il doit apprendre du fait.

Je dis seulement voie. Il ne s'agit pas d'étude approfondie, mais de prévoir ce qui deviendra nécessaire, de connaître les voies et moyens par lesquels on pourra approfondir plus tard.

Le mot d'Auguste Comte, sociologie, me plaît assez pour ce cours intermédiaire. Je voudrais que,—donnant d'abord l'indispensable de la loi sociale, le droit et le devoir,—il enseignât aussi à chercher, à sonder le réel de la vie.

Partir d'en bas, montrer aux étudiants ce qui est nécessaire à l'un et à l'autre. L'économie, surtout domestique, individuelle, la vie et le ménage, alimentation, local, vêtement, etc. Avec une telle vie concordent telles mœurs nationales. Desquelles mœurs résultent telles lois.

C'est là que l'étudiant de la Nature apprendra comme il fait et prépare le monde de la Loi. C'est là que le jeune légiste sentira que son code, ce livre qui semble si froid, est une concentration de vie.

On leur montre à l'un et à l'autre (par quelque longue chaîne sur un point important, suivi du fond des âges en ses variations), comment le temps, les mœurs, la vie, font et défont la loi, font, défont (même ce qui bien moins semble changeant) la médecine.