Elle est fort exigeante cette vie libre et forte, où vous allez demain vous gouverner vous-mêmes. Elle commande deux choses:

Que l'individu, attentif, veillant sur lui, donne au complet sa force, dégage et tourne au bien toutes ses énergies intérieures.

Deuxièmement, que, malgré cette tension individuelle, qui fortifie, augmente la personnalité, il reste associable, s'accommode et se prête aux sacrifices qu'implique toute association. Ne vous y trompez pas: plus vous desserrez la brutale machine politique, plus l'association vous devient nécessaire.

Donc, deux choses difficiles à concilier. Être soi au plus haut degré, ne pas descendre, comme font la plupart, au contraire, monter. Mais, dans cet élan ascendant, vouloir monter ensemble, harmoniser l'effort personnel à l'effort de tous.

Hautes vertus civiques, qui exigent un travail intérieur et constant, certaine éducation de soi sur soi qui dure toute la vie.

J'ai beau faire. Mon livre m'entraîne. Il ne peut s'arrêter ici, il ne peut abandonner l'homme à l'heure la plus grave peut-être.

La règle capitale de cette éducation, la maxime qui la contient toute, est celle-ci:

«On ne reste jamais au même état. Qui ne monte pas, baisse. Et qui n'augmente pas, diminue.»

C'est le point: Il faut augmenter.

«Les astres, dit Laplace, perdent, mais ils regagnent. Ils ont en eux des forces réparatrices contre l'usure du temps.» N'en est-il pas de même du petit astre humain, de la délicate planète qu'on appelle homme, qui va, vient sur la grande? Je dis Oui hardiment. Et j'affirme bien plus: conduite habilement, la vie augmente en nous; en mille choses, avoir agi, c'est acquérir la force ou la dextérité pour agir davantage. Je l'établirai tout à l'heure.