Sujet immense, énorme. Je vais sommairement (hors de toute utopie, me tenant au certain) indiquer les points essentiels, menant de l'un à l'autre, qui sont en quelque sorte l'échelle de la vie.

1o Ce qui accable l'homme souvent dès le point de départ, c'est l'uniformité inattendue de ses devoirs nouveaux, c'est (après la libre jeunesse) de se voir condamné pour jamais à la même chose. De là l'ennui immense, le découragement du métier; j'essaye de lui montrer que ce n'est pas même chose, mais plus variée qu'on ne pense; on peut y découvrir des ressources pour l'âme.

2o À côté du métier (sans lui nuire, au contraire), la culture intérieure de lecture, de réflexion, aide incessamment l'homme, et, sans qu'il y paraisse, lui fournit en dessous un cordial puissant.

3o Mais rien n'y aide plus que l'action constante, le mouvement fécond, progressif de la vie publique.

Fort au métier, fort de vie intérieure, plus fort de vie civique, l'homme, au combat du monde, augmente jour par jour, devient un point d'appui pour ceux qui flottent, qui péniblement montent. Vrai sacerdoce moderne. À ce degré moral, nul dévouement ne coûte. On ne s'isole plus. Le plus fort est tout prêt pour l'association.

Dans le présent chapitre, je parle du métier, de ce sujet maussade et pénible entre tous, l'ennui.

L'école hier, la vie peu serrée et les théories. Aujourd'hui le métier, le devoir, les obstacles, la rude réalité.

Et que dit ce réel? Que pense-t-il de cette éducation brillante qu'apporte le jeune homme? Le mot d'Hamlet: «Des mots! des mots! des mots!» Il veut des faits! il veut des choses.

Dure est l'impression.—Celle qu'on a le soir, croyant la porte ouverte, et rembarré, relancé en arrière par l'immuable chêne qui vous renvoie le nez cassé.

Plus dure est l'ironie du monde, la cruelle indulgence, la pitié accablante, certain petit sourire... Rien n'amoindrit plus l'homme. Avant d'agir, le voilà aplati.