Chose injuste! et de plus funeste! car la plupart des riches sont épuisés de race, n'ont que des enfants faibles (de corps et souvent d'esprit). De sorte que cette classe supérieure, les ingénieurs, se recruterait de plus en plus chez ceux qui ont le moins d'ingegno.
Chère commune! ne lâchez pas prise. Il faut que votre enfant, ce petit paysan envoyé à l'école secondaire du département et qui deviendrait contre-maître, monte encore. Ne lâchez pas prise. Est-on juste pour lui? Surveillez bien cela. S'il est là ce qu'il fut chez vous, s'il reste le plus digne, il faut qu'on le soutienne, que, dans cette grande ville de chef-lieu, l'influence aristocratique ne prévale pas sur ses titres, et qu'en vertu de son travail soutenu, de ses examens, il aille à l'École centrale.
J'entends la haute école, Centrale, Polytechnique, Normale, ou autre. Je veux dire qu'il faut qu'il arrive au plus haut.
Songez bien que le cœur de cent mille ouvriers, de cent mille paysans en sera relevé, mille haines et mille envies calmées. Ce que son père disait tout à l'heure, fier et résigné, ils le diront de même. La fatalité du travail, de l'inégalité (trop dure loi de ce monde!) pèsera moins s'ils disent: «Mon fils au moins peut être grand.»
CHAPITRE VI
De l'éducation par les fêtes.
L'élan de la fraternité, entravé, retardé jusqu'ici, sera la beauté et la force de la société à venir. Les concurrences étroites, les oppositions d'intérêts, qui rendent tout si difficile, diminueront. Comment? Par un changement subit de l'âme humaine? Il faudrait être bien simple pour le croire.
Elles disparaîtront beaucoup plus par un changement des milieux, des conditions matérielles. Nous ne resterons pas entassés, étouffés sur cet espace étroit, ce sombre petit coin de l'ouest de l'Europe. L'homme prendra décidément possession de la planète. Il y a de l'air et de la terre pour tous. Les problèmes sociaux qui nous accablent et nous semblent l'énigme du monde, ne touchent réellement que ce tout petit monde, extrêmement artificiel, que nous avons fait sur un point par l'accumulation de l'industrie. L'humanité en masse ne sait rien de cela. La nature n'en sait rien; elle est riche, immense, prodigue, nous invite de tous côtés. Nous sommes sourds et nous l'accusons; nous restons là serrés, à nous manger les uns les autres.
Je suis ravi de voir que les travailleurs commencent à embrasser l'Europe du regard, l'Amérique, la terre. Ils jugeront bien mieux du possible et de l'impossible. Mille choses difficiles ou impossibles sur les vieilles terres d'industrie sont très faciles ailleurs, ouvertes à notre activité.
Qu'augurer de l'avenir moral du monde? Sera-t-il opposé au passé autant qu'on le croit? Les grands organes éducatifs, les mobiles très énergiques qui l'ont développé, changeront-ils? J'en doute. La propriété, l'art, la religion, etc., ces formes dans lesquelles a marché, progressé l'activité humaine, disparaîtront-ils tout à l'heure? Jusqu'ici on a vu par les yeux, ouï par l'oreille et digéré par l'estomac. Vieilles méthodes. Peut-on les changer?
Certaines choses se modifieront. Les Américains, par exemple, voyant que la propriété stimule, mais que l'hérédité endort, commencent à tenir compte de celle-ci beaucoup moins que nous. Ils augmentent ainsi l'action stimulante, l'industrie et l'effort qui tend à la propriété.