Dans l'Allemagne protestante du Nord, le pasteur s'occupe fort de l'école, la domine, parfois y enseigne à certain jour, ce qui humilie le maître. Je veux, tout au contraire, que mon petit conseil l'honore, relève sa position. Certainement ce maître, dans l'uniformité de ses fonctions, peut rarement se cultiver lui-même, et il aurait beaucoup à apprendre avec ces personnes d'expérience (telles que le médecin, l'ancien négociant qui a voyagé, etc.). C'est en amis, et d'égal à égal, que par moments ils peuvent l'éclairer en cent choses utiles, qu'il n'aurait pas le temps d'apprendre, chercher pour lui et lui prêter tels livres qui peuvent élever son esprit,—sans le faire bel esprit,—et le fortifier dans sa voie.

La décoration de l'école, les cartes qui en couvrent et en égayent les murs, les globes si utiles, les papiers et crayons pour faire des cartes, les modèles de dessin, etc., tout cela dans nos communes pauvres demande l'attention du conseil, telles petites cotisations. Quelques couleurs, utiles aux cartes, mettraient le comble à la joie des enfants.

Mais ce que je demande bien plus, ce que je considère comme un très haut devoir et le premier de tous, c'est qu'assistant souvent aux leçons, par une observation discrète, on distingue, on pressente les enfants méritants, qui réellement seront les fils de la commune, encouragés, aidés, pour arriver à un degré supérieur d'instruction. C'est là que la justice est difficile à maintenir, parfois contre le maître même. Ménageant les coqs du village, il pourrait être bien tenté de croire que le plus digne est «un enfant bien né, le fils d'une bonne famille», celui de M. le notaire ou celui de M. le maire, de tel ancien fonctionnaire «qui fait bien honneur au pays». Je suis sans préjugés; je vois que les bonnes familles ont souvent des enfants délicats, affinés. Mais la sève presque toujours manque. Leurs pères l'ont d'avance épuisée.

D'autre part, ce n'est pas la forte race grossière à son premier degré qui donne l'enfant en question. Mais parfois au second, le fils du rude travailleur apporte avec la force entière d'une race toute nouvelle, l'étincelle de l'ingegno. Ce n'est pas tout maître d'école qui saura voir cela. Mais les hommes de tact et d'expérience, la sage dame surtout dont je parlais, le sentiront très bien. Celle surtout qui n'a plus de famille, de partialité maternelle, verra bien par le cœur, distinguera sur son banc la modeste petite créature (fille ou garçon, n'importe), et, sans parler, se dira: «La voici.»

S'agit-il d'une adoption? Non pas expressément. Les fils adoptifs, trop certains de leur sort, deviennent aussi mous que les fils. Avouons-le, l'hérédité a de nos jours des effets pitoyables. Pour éteindre un enfant, il suffirait de l'adopter.

Retenez votre cœur. Que l'enfant ne se sente pas trop soutenu et désigné. Qu'on le suive de près et sans mollesse, lui montrant seulement que, s'il continue, persévère, on le mettra à même d'apprendre davantage, même d'être envoyé à une école supérieure. C'est au jour décisif que sans détour on agira pour lui. Comment? En mettant bien au jour les titres solides qu'il a et qui pourraient être éludés. «Mais tel a tant d'esprit! a si bien répondu!» Fiez-vous aux épreuves écrites et aux notes de toute l'année.—«Mais le père de tel autre a rendu des services...» Cela ne suffit pas; si l'enfant ne mérite, son père n'est pas un titre pour qu'il écarte le plus digne.

Il a aussi un père, celui-ci. Et combien ce père, pauvre manœuvre peut-être, va sentir son cœur relevé, si vous vainquez dans la bataille, si l'enfant qui mérite est envoyé par la commune à une école plus haute (celle du département).

Mais ce père, sans moyens, attaché au travail, ne peut guère l'y aider, ne peut l'y visiter souvent. Là, je me fie encore à la persévérante tutelle de mon conseil local. Que de choses manquent à un boursier! et combien misérable est sa condition!

Les gens qui s'intéressent à lui, qui le suivent des yeux, ne manquent pas d'occasion d'aller à la grande ville, de parler à ses chefs, de sorte que ceux-ci voient bien qu'il n'est pas isolé, oublié, un enfant perdu. La dame a bonne grâce en lui continuant, sans le gâter, son intérêt, l'animant et l'encourageant, lui faisant désirer de rester ce qu'il fut à son village: le plus digne.

L'école secondaire eût suffi autrefois. Elle eût appris tout ce que doit savoir l'ouvrier supérieur, le contre-maître, etc. Les choses ont fort changé. Dans bien des arts, la main de l'homme, l'ouvrier habile était tout. Dans les arts du fer, par exemple, mille choses étaient faites à la main, qui aujourd'hui le sont par la machine. C'est ce qui a permis de les donner à bon marché. Mais la machine est l'œuvre du calcul, de l'ingénieur. Voilà une aristocratie. L'éducation coûteuse qui mène là concentrerait cette haute classe dans les seuls enfants des gens riches.