Nullement en histoire naturelle. La vie centralisée, c'est la vie harmonique dans l'accord libre et doux de tous les organes à la fois. Chez l'homme bien portant, le mammifère, l'oiseau, etc., la centralisation est organique, un travail sympathique de toutes les parties et leur bonheur d'agir en parfaite unanimité.
Est-il sûr qu'au lendemain, quand nous aurons brisé le monstre, nous aurons tout à coup les éléments associables, les organes concordants qui peuvent nous donner l'unité supérieure, cette unité de vie qui dispense de la machine? Non, sans doute, non pas sans effort. Comment y arriver? À quelles conditions?
C'est qu'à mesure que l'unité mécanique et brutale va se desserrer, se dissoudre, nous formions par l'association spontanée, par l'éducation (et celle de l'enfance, et celle de toute la vie) une puissante unité morale. Plus la vie locale reprendra, plus il faut rapprocher les âmes, et garder, tout en faisant notre patrie de village, le sens de la grande Patrie.
La supériorité terrible et dangereuse de la France est celle que l'on voit chez les animaux les plus élevés et aussi les plus vulnérables. Nous vivons par la vie centrale.
Songez-y bien: l'Italie, dans sa mort, a vécu par l'individu; elle eut des Pergolèse, des Vico, des Leopardi. L'Allemagne, en sa dispersion, sa nullité de vie nationale, vivait en ses étoiles, les Goethe et les Schiller, les Mozart et les Beethoven.
Ici, tout périrait avec l'âme commune. Sans la France, le Français n'est plus.
Il faut que la Patrie soit sentie dans l'École, présente, non seulement par l'enseignement direct de la tradition nationale, mais présente maternellement par sa justice exacte et attentive. La liberté locale sera chose excellente, avec certaine surveillance qui ne la laisse pas trop libre d'être injuste, inégale, au profit de l'aristocratie.
L'école, c'est déjà la commune en petit. L'on ne peut dire assez combien y pèse l'influence locale. La libre école, non payée par l'État, est celle justement qui tient le plus de compte des parents riches et importants. C'est un champ préalable où l'inégalité commence. Le maître n'est pas toujours injuste, mais souvent faible, trop indulgent, trop mou pour les enfants des puissants de l'endroit, de ceux qui lui nuiraient et le feraient mourir de faim.
L'école ne sera vraiment libre qu'autant que le maître verra auprès de lui une association active et énergique, qui s'intéresse à l'école et à lui, le soutienne au besoin et l'aide à être juste.
Les notables dont M. Duruy composait ce conseil dans la localité, ne rassurent point du tout. Il les veut ex-fonctionnaires ou anciens militaires, autrement dit gens faits à obéir et généralement routiniers. Je me fierais bien plus aux négociants retirés, au médecin surtout, au pharmacien, aux cultivateurs quelque peu instruits et beaucoup plus indépendants que les marchands (souvent serfs de la clientèle, chapeau bas devant les bourgeois). J'adjoindrais bien à ce conseil une dame veuve et sans famille, d'un esprit ferme et sage, surtout libre des prêtres, qui mettrait dans l'école ses soins et sa maternité.