Telle est l’effroyable barbarie avec laquelle on a si longtemps traité le peuple le plus patient et le plus doux du monde.
Hommes de toute nation, de toute opinion, lisez la belle et noble proclamation de la révolution de Valachie en 1848; voyez la modération incroyable, la clémence dont elle fit preuve, les ménagements qu’elle garda pour tous; vos yeux, nous en sommes sûrs, n’iront pas jusqu’au bout sans s’obscurcir de larmes.
Et cette révolution si douce fut fortement fondée. Elle est au cœur du peuple maintenant et n’en sortira plus. Elle a sa racine en ceci que, non seulement la liberté lui fut donnée, mais la propriété: la terre au paysan, une pièce de terre suffisante pour sa famille. Dans une contrée, inculte encore en grande partie, on peut donner à tous sans ôter à personne.
Ces immenses prairies désertes qui surprennent le voyageur de leur incroyable richesse, de la variété d’un prodigieux tapis de fleurs, sont le seul pays en Europe qui rappelle la grandeur des sites américains. Des migrations nombreuses pourraient s’y faire, sans passer l’Océan; des peuples viendraient s’y asseoir, et il y aurait place encore. L’homme seul, la barbarie des guerres, le cruel calcul des tyrans, ont pu y créer le désert, y rendre inutile, sans la décourager pourtant, la maternelle bonté de la nature.
[9]. Ce sont visiblement les frères de l’Italie et de la France. Une conformité qui étonne, c’est que plusieurs des mois valaques ont des noms analogues à ceux de notre calendrier républicain. Mai s’appelle, chez eux, floréal; octobre brumarchi ou le petit brumaire; novembre, brumaru ou le grand brumaire.
III
LA RÉVOLUTION VALAQUE EN 1848
C’était le 18 juin 1848. Mme Rosetti était dans les douleurs d’un premier enfantement. Son mari, au pied de son lit, attendait, plein d’anxiété, d’impatience; il regardait sa montre. Sa femme savait pourquoi: à six heures devait se faire le premier pas de la révolution.
Rosetti devait accompagner deux amis qui partaient pour soulever le pays. La patrie l’appelait. Il était retenu par les cris de sa femme. Non moins inquiète du retard, elle voulait puissamment qu’il fût libre. Il le fut. L’enfant était né! «Dieu merci!... Embrasse-le, et pars!» telles furent ses premières paroles; elle sourit de bonheur, quoique le premier baiser qu’elle reçut comme mère fût un baiser d’adieu.