Ne leur demandez rien de plus, leur égoïsme sensible permet aux malheurs lointains d’arriver à leur oreille, de se faire écouter; c’est tout, ils s’en tirent avec quelques larmes. Et cet exercice modéré de la sensibilité est une jouissance encore: «Ils jouissent de leurs larmes», mot juste et fin du bon Homère.
«Si vous n’espérez rien de plus, pourquoi donc écrivez-vous?»
Pour moi, pour mon propre cœur.
Pour expiation de ce que dut faire la France de 1848, et de ce qu’elle n’a pas fait.
J’écris pour ceux qui errent, qui souffrent et attendent, pour ces ombres que je vois là-bas dans la mélancolie de Paris et dans les brouillards de Londres. Je leur envoie ce message vivifiant de la patrie.
Dans les lettres d’un des illustres exilés roumains d’Angleterre (lettres fortes, touchantes, religieuses, dignes de l’immortalité), j’ai lu qu’au temps des Soliman, une fille de la Valachie, enlevée, vendue au sérail, devint maîtresse de son maître, sultane; elle n’en était pas moins souffrante, malade, et se mourait d’ennui. Les médecins avaient beau chercher; nul remède à ce mal profond. La seule chose qui parfois relevât la fleur languissante, c’était l’eau de son ruisseau natal. Le sultan, par ses messagers, faisait venir l’eau précieuse. L’exilée y buvait la vie, la patrie, la force d’espérer.