Un boyard.—Cette terre, avec quoi la payeras-tu?

Le paysan.—Voyez-vous cette main noire et dure? Eh bien, c’est elle qui fait la richesse... L’argent ne vient pas du ciel.

Autre paysan.—De l’argent? oh! il n’en manque pas; il y en a pour vous en donner. L’État paye, le trésor paye. Qu’est-ce que le trésor? c’est nous puisque nous le remplissons.

«Si le trésor ne peut payer, dit un autre, nous travaillerons. A tant de travaux perdus nous ajouterons encore. De nos bras, comme d’une source, jailliront l’or et l’argent. Nous vous payerons votre sol; nous vendrions, s’il le fallait, jusqu’aux cendres sacrées du foyer.»

Ils disaient encore aux boyards: «Ne croyez pas qu’avec nous l’État manque jamais de forces: nous sommes là pour lui en donner; nous ne le laisserions pas rougir devant les nations étrangères!»

Nobles et grandes paroles! et qui semblent bien modérées, quand on songe qu’à ce moment, maîtres de tout en réalité, ils demandaient à peine la concession élémentaire de l’Assemblée constituante de 89 en sa fameuse nuit du 4 août.

Que ferons-nous pour ces hommes, si dignes de notre intérêt? Que fera l’Occident?

Rien.

Ce que veulent les gouvernements, je l’ignore; quant aux peuples, je le sais.

Ce qu’ils veulent, c’est le confortable, le confortable: idée variable, indéfiniment élastique, qu’on va étendant toujours, et dont la poursuite remplit une vie soucieuse.