Pourtant, malgré ton infidélité,

Inima mea

Mon âme (mon cœur).

Battra chaque fois que je te verrai.

Tu es pour moi un ange, un être divin.

Ainsi est l’Amour, ce n’est pas ma faute.

Je ne crois pas qu’il y ait sur terre une langue plus propre à l’amour que cette langue rustique,—langue de forêts et de déserts, d’amour et d’amitié au fond des solitudes,—la langue qu’aux clairières des Karpathes une mère seule avec la biche, comme Geneviève de Brabant, parlerait à son nourrisson, au faon, son frère de lait.

Quand je me suis enquis de cette littérature, et que j’ai regardé quelle part y avait l’amour, j’ai vu que cette part n’était rien moins que le tout.

Et cela se comprend, la Roumanie, toute italienne, si loin de son berceau, isolée et murée entre je ne sais combien de grands États barbares, est entrée le moins qu’elle a pu en communication avec cette effroyable Babel; elle n’a parlé qu’à elle-même, à son cœur et de son cœur même.

Cette pauvre petite Italie solitaire, qui avait joué encore un grand rôle aux quinzième et seizième siècles, en battant vaillamment les Turcs, depuis, écrasée de toutes parts, semble alors ne vouloir plus rien voir, ni rien savoir, oublier tout, se cacher tout en soi. Le malheur de chaque jour étouffe tout sentiment public. En revanche, les sentiments privés, l’amour, l’amour de la famille, emplissent l’âme, la charment, la consolent. Elle n’a plus rien à dire au monde; elle ne parle qu’à l’objet aimé.