Le grand combat des races et des langues est à la frontière transylvaine et moldo-valaque. C’est à cette contrée que nous pouvons rapporter, sans nul doute, les deux chants populaires qui suivent.
Le premier, et probablement le moins ancien, est une bravade, un de ces défis de bravoure comme on en trouve en toute lutte analogue, spécialement dans les ballades du Border anglo-écossais. Mais indépendamment de la lutte de races, il y a celle de l’autorité et du bandit. Le Hongrois Janoch, ancien brigand, avec sa table de pierre à lettres d’or, a bien l’air d’être l’homme de l’autorité, un magistrat militaire qui s’est mis en campagne contre le bandit moldave. Ce qui peint tout à fait la nation, c’est que celui-ci ne bat les Hongrois qu’après leur avoir joué un petit air de flûte. On croirait lire le Persan Kourouglou, si bien traduit par Mme Sand.
Quant à la Petite Brebis, c’est un chant du caractère le plus antique, une chose sainte et touchante à fendre le cœur. Rien de plus naïf et rien de plus grand. C’est là qu’on sent bien profondément ce dont nous parlions tout à l’heure, cette aimable fraternité de l’homme avec toute la création.
Il y a aussi, il faut le dire, et c’est malheureusement le trait national, une résignation trop facile. L’homme ne se dispute pas à la mort; il ne lui fait pas mauvaise mine; il accueille, il épouse aisément «cette reine, la fiancée du monde», et consomme, sans murmurer, le mariage. Hier sorti de la nature, il semble aujourd’hui trouver doux de rentrer déjà dans son sein.
La traduction qui suit est mot à mot, et d’une extrême littéralité:
MIHU LE JEUNE
A la colline Barbat
Sur un chemin raboteux
Mihu le jouvenceau,
Fier comme un paon,