Ici ce sont des articles[[5]], des gravures même habilement exposées sur nos promenades. Au Danube, ce sont des chansons russes qu’on fait circuler, chansons faites par les poètes officiels de l’empereur, pour amener les Serbes, les Bulgares, etc., à se remettre aux mains protectrices de la Russie.

Cette propagande, en Pologne, a un caractère sinistre qui rappelle les menées de l’Autriche avant le massacre de la Galicie.

La Russie a employé un moyen terrible de se populariser auprès du paysan: sa cruelle persécution des Juifs, continuée plus cruellement par l’enlèvement annuel de leurs enfants.—Effroyable flatteur du peuple, qui, sans lui faire aucun bien, le séduit par le mal des autres! Une enquête, il est vrai, a été ordonnée aussi pour améliorer le sort des cultivateurs. Non suivie et sans résultat, elle n’en fait pas moins croire aux paysans que le tzar s’intéresse à eux.

Que fera maintenant le propriétaire polonais? Il est entre deux abîmes.

La Russie irrite le paysan contre lui, lui dit: «Il ne fait rien pour vous.»

Maintenant qu’il essaye de faire quelque chose, c’est un homme désigné, suspect. Un matin, sous un prétexte, enlevé, jeté dans un coffre, cahoté à mort pendant quinze cents lieues, il s’en ira habiter pour toujours le pays dont on ne revient pas.

Je le sais trop, Polonais, sous ce gouvernement terrible, il vous est difficile de changer le sort du peuple.

La plupart des réformes sont ajournées forcément aux jours de liberté.

Moralement, vous pouvez beaucoup. Si la loi est impuissante, si l’action est interdite, rien ne peut enchaîner le cœur.

Oserai-je former un vœu, souhaiter une chose pratique qu’on ne peut guère empêcher? Supprimez, autant qu’il se peut, les intermédiaires qui vous séparent du cultivateur; renvoyez l’intendant, l’agent, l’économe. Occupez-vous vous-mêmes de votre terre et de ceux qui la cultivent. Vivez parmi eux, avec eux, aimez-les, tout est gagné.