On décida, d'enthousiasme, que ce rapport serait envoyé aux quarante-quatre mille communes de la République, à toutes les administrations, aux armées. Tirage de cent mille peut-être!

Rien ne contribua plus directement à la chute de Robespierre.


[XXIX]

LES DAMES SAINT-AMARANTHE (JUIN 94).

Cette affaire de la Mère de Dieu se compliqua d'une autre accusation, bien moins méritée, dont Robespierre fut l'objet.

On supposa gratuitement que l'apôtre des Jacobins avait cherché des prosélytes jusque dans les maisons de jeu, des disciples parmi les dames qui recevaient des joueurs.

En réalité, on confondit malignement, calomnieusement, Robespierre aîné et Robespierre jeune, qui fréquentait ces maisons.

Robespierre jeune, avocat, parleur facile et vulgaire, homme de société, de plaisir, ne sentait pas assez combien la haute et terrible réputation de son frère demandait de ménagements. Dans ses missions, où son nom lui donnait un rôle très-grand et difficile à jouer, il veillait trop peu sur lui. On le voyait mener partout, et dans les clubs même, une femme très-équivoque.

Il avait vivement embrassé, par jeunesse et par bon cœur, l'espoir que son frère pourrait adoucir la Révolution. Il ne cachait point cet espoir, ne tenant pas assez compte des obstacles, des délais qui ajournaient ce moment. En Provence, il montra de l'humanité, épargna des communes girondines. À Paris, il eut le courage de sauver plusieurs personnes, entre autres le directeur de l'économat du clergé (qui plus tard fut le beau-père de Geoffroy-Saint-Hilaire).