[XXXI]
CHAQUE PARTI PÉRIT PAR LES FEMMES.
Si les femmes, dès le commencement, ajoutèrent une flamme nouvelle à l'enthousiasme révolutionnaire, il faut dire qu'en revanche, sous l'impulsion d'une sensibilité aveugle, elles contribuèrent de bonne heure à la réaction, et, lors même que leur influence était la plus respectable, préparèrent souvent, la mort des partis.
Lafayette, par le désintéressement de son caractère, l'imitation de l'Amérique, l'amitié de Jefferson, etc., eût été très-loin. Il fut arrête surtout par l'influence des femmes flatteuses qui l'enlacèrent, par celle même de sa femme, dont l'apparente résignation, la douleur et la vertu, agirent puissamment sur son cœur. Il avait chez lui en elle un puissant avocat de la royauté, puissant par ses larmes muettes. Elle ne se consolait pas de voir son mari se faire le geôlier du Roi. Née Noailles, avec ses parentes, elle ne vivait presque qu'au couvent des Miramiones, l'un des principaux foyers du fanatisme royaliste. Elle finit par s'enfuir en Auvergne, et délaissa son mari, qui devint, peu à peu, le champion de la royauté.
Les vainqueurs de Lafayette, les Girondins, ont été de même gravement compromis, on l'a vu, par les femmes. Nous avons énuméré ailleurs les courageuses imprudences de madame Roland. Nous avons vu le génie de Vergniaud s'endormir et s'énerver aux sons trop doux de la harpe de mademoiselle Candeille.
Robespierre, très-faussement accusé pour les légèretés de son frère, le fut avec raison pour le culte fétichiste dont il se laissa devenir l'objet, pour l'adoration ridicule dont l'entouraient ses dévotes. Il fut vraiment frappé à mort par l'affaire de Catherine Théot.
Si, des républicains, nous passons aux royalistes, même observation. Les imprudences de la reine, sa violence et ses fautes, ses rapports avec l'étranger, contribuèrent, plus qu'aucune autre chose, à précipiter le destin de la royauté.
Les Vendéennes, de bonne heure, travaillèrent à préparer, à lancer la guerre civile. Mais l'aveugle furie de leur zèle fut aussi l'une des causes qui la firent échouer. Leur obstination à suivre la grande armée qui passa la Loire en octobre 93 contribua plus qu'aucune chose à la paralyser. Le plus capable des Vendéens, M. de Bonchamps, avait espéré dans le désespoir, dans les forces qu'il donnerait, quand, ayant quitté son fort, son profond Bocage, et mise en rase campagne, la Vendée courrait la France, dont les forces était aux frontières. Cette course de sanglier voulait une rapidité, un élan terribles, une décision vigoureuse d'hommes et de soldats. Bonchamps n'avait pas calculé que dix ou douze mille femmes s'accrocheraient aux Vendéens et se feraient emmener.
Elles crurent trop dangereux de rester dans le pays. Aventureuses d'ailleurs, du même élan qu'elles avaient commencé la lutte civile, elles voulurent aussi en courir la suprême chance. Elles jurèrent qu'elles iraient plus vite et mieux que les hommes, qu'elles marcheraient jusqu'au bout du monde. Les unes, femmes sédentaires, les autres, religieuses (comme l'abbesse de Fontevraud), elles embrassaient volontiers d'imagination l'inconnu de la croisade, d'une vie libre et guerrière. Et pourquoi la Révolution, si mal combattue par les hommes, n'aurait-elle pas été vaincue par les femmes, si Dieu le voulait?