Mais un seul le prononce, le dit pour tous, le chante. Qui? l'un des faibles, celui qui craint le plus la nuit et qui sent le plus la joie du matin, celui qui vit de lumière, dont la vue tendre, infiniment sensible, étendue, pénétrante, en perçoit tous les accidents, et qui est plus intimement associé aux défaillances, aux éclipses du jour, à ses résurrections.

L'oiseau, pour la nature entière, dit l'hymne du matin et la bénédiction du jour. Il est son prêtre et son augure, sa voix innocente et divine.

(Page )

L'ORAGE ET L'HIVER.
MIGRATIONS.

Un confident de la nature, âme sacrée, simple autant que profonde, Virgile a vu l'oiseau, comme l'avait vu la vieille sagesse italique, comme augure et prophète du changement du ciel:

Nul, sans être averti, n'éprouva les orages...
La grue, avec effroi, s'élançant des vallées,
Fuit ces noires vapeurs de la terre exhalées...
L'hirondelle en volant effleure le rivage;
Tremblante pour ses œufs, la fourmi déménage.
Des lugubres corbeaux les noires légions
Fendent l'air qui frémit sous leurs longs bataillons...
Vois les oiseaux de mer, et ceux que les prairies
Nourissent près des eaux sur des rives fleuries.
De leur séjour humide on les voit s'approcher,
Offrir leur tête aux flots qui battent le rocher,
Promener sur les eaux leur troupe vagabonde,
Se plonger dans leur sein, reparaître sur l'onde,
S'y replonger encor, et, par cent jeux divers,
Annoncer les torrents suspendus dans les airs.
Seule, errante à pas lents sur l'aride rivage,
La corneille enrouée appelle aussi l'orage.
Le soir, la jeune fille, en tournant son fuseau,
Tire encor de sa lampe un présage nouveau,
Lorsque la mèche en feu, dont la clarté s'émousse,
Se couvre en petillant de noirs flocons de mousse.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais la sécurité reparaît à son tour...
L'alcyon ne vient plus sur l'humide rivage,
Aux tiédeurs du soleil, étaler son plumage...
L'air s'éclaircit enfin; du sommet des montagnes,
Le brouillard affaissé descend dans les campagnes,
Et le triste hibou, le soir, au haut des toits,
En longs gémissements ne traîne plus sa voix.
Les corbeaux même, instruits de la fin de l'orage,
Folâtrent à l'envie parmi l'épais feuillage,
Et, d'un gosier moins rauque, annonçant les beaux jours,
Vont revoir dans leurs nids le fruit de leurs amours.

(Géorg. tr. par Delille.)


Être éminemment électrique, l'oiseau est plus qu'aucun autre en rapport avec nombre de phénomènes de météorologie, de chaleur et de magnétisme (Page ) que nos sens ni notre appréciation n'atteignent pas. Il les perçoit dans leur naissance, dans leurs premiers commencements, bien avant qu'ils ne se prononcent. Il en a comme une espèce de prescience physique. Quoi de plus naturel que l'homme, d'une perception plus lente, et qui ne les sent qu'après coup, interroge ce précurseur instinctif qui les annonce? C'est le principe des augures. Rien de plus sage que cette prétendue folie de l'antiquité.

La météorologie, spécialement, en tirait un grand avantage. Elle aura des moyens plus sûrs. Mais déjà elle trouvait un guide dans la prescience des oiseaux. Plût au ciel que Napoléon, en septembre 1811, eût tenu compte du passage prématuré des oiseaux du Nord! Les cigognes et les grues l'auraient bien informé. Dans leur émigration précoce, il eût deviné l'imminence du grand et terrible hiver. Elles se hâtèrent vers le midi, et lui, il resta à Moscou.