L'homme ne sera vraiment homme (nous y reviendrons à la fin du livre) que lorsqu'il travaillera sérieusement à la chose que la terre attend de lui:
La pacification et le ralliement harmonique de la nature vivante.
«Rêves de femme,» dira-t-on.—Qu'importe?
Qu'un cœur de femme soit mêlé à ce livre, je ne vois aucune raison pour repousser ce reproche. Nous l'acceptons comme un éloge. La patience et la douceur, la tendresse et la pitié, la chaleur de l'incubation, ce sont choses qui font, conservent, développent une création vivante.
Que ceci ne soit pas un livre, mais soit un être! à la bonne heure. Il sera fécond dès lors, et d'autres en pourront venir.
(Page )On comprendra mieux, du reste, le caractère de l'ouvrage, si on prend la peine de lire les quelques pages qui suivent et que je copie mot à mot:
«Je suis née à la campagne; j'y ai passé les deux tiers des années que j'ai vécu. Je m'y sens rappelée toujours, et par le charme des premières habitudes, et par le goût de la nature, sans doute aussi par le cher souvenir de mon père qui m'y éleva et fut le culte de ma vie.
«Ma mère étant malade et fatiguée de plusieurs couches successives, on me laissa très-longtemps en nourrice chez d'excellents paysans qui m'aimèrent comme leur enfant. Je restai vraiment leur fille; frappés de mes façons rustiques, mes frères m'appelaient la bergère.
«Mon père habitait, non loin de la ville, une maison fort agréable qu'il avait achetée, bâtie, entourée de plantations, voulant, par le charme du lieu, consoler sa jeune femme de la grandiose nature américaine qu'elle venait de quitter. L'habitation, bien exposée, au levant et au midi, voyait chaque matin le soleil se lever sur un coteau de (Page )vignes, et tourner, avant la chaleur, vers les cimes lointaines des Pyrénées, qu'on aperçoit dans les beaux temps. Les ormeaux de notre France, mariés aux acacias d'Amérique, aux lauriers-roses et aux jeunes cyprès, brisaient les rayons de la lumière et nous l'envoyaient en reflets adoucis.