Les oiseaux de rivage tressent déjà, mais avec peu d'adresse. Pourquoi feraient-ils plus? Vêtus si bien par la nature d'une plume onctueuse et presque impénétrable, ils comptent moins avec les éléments. Leur grand art est la chasse; toujours au maigre et faiblement nourris, les piscivores sont dominés par un estomac exigeant.
Le tressage fort élémentaire des hérons, des cigognes, est dépassé déjà, non de beaucoup, par les vanniers des bois, par le geai, le moqueur, l'étourneau, le bouvreuil. Leur famille plus nombreuse leur impose un travail plus grand. Ils fondent des assises grossières, mais par-dessus adaptent un panier plus ou moins élégant, un tressage de racines et bûchettes fortement liées. La cistole entrelace délicatement trois roseaux dont les feuilles, mêlées au tissu, en font la base mobile et sûre; il ondule avec elle. La mésange suspend son berceau en (Page ) forme de bourse par un côté, et se confie au vent pour bercer sa famille.
Le serin, le chardonneret, le pinson, sont des feutreurs habiles. Ce dernier, inquiet, défiant, colle à l'ouvrage fait, avec beaucoup d'art et d'adresse, des lichens blancs, dont la moucheture désoriente entièrement le chercheur, et lui fait prendre ce charmant nid, si bien dissimulé, pour un accident de verdure, une chose fortuite et naturelle.
Le collage et le feutrage jouent au reste un grand rôle dans l'œuvre même des tisseurs. On aurait tort d'isoler trop ces arts. L'oiseau-mouche consolide avec la gomme des arbres sa petite maison. La plupart des autres y emploient la salive. Quelques-uns, chose étrange! subtile invention de l'amour, y joignent l'art pour lequel leurs organes leur donnent le moins de secours. Un sansonnet américain parvient à coudre des feuilles avec son bec, et très-adroitement.
Quelques tresseurs habiles, non contents du bec, y joignent le pied. La chaîne préparée, ils la fixent du pied, pendant que le bec y insère la trame. Ils deviennent de vrais tisserands.
L'adresse ne manque pas, en résumé. Elle est même étonnante; mais les instruments manquent. Ils sont étrangement impropres à ce qu'ils ont à (Page ) faire. La plupart des insectes sont en comparaison merveilleusement armés, ustensilés. Ce sont de véritables ouvriers qui naissent tels. L'oiseau ne l'est que pour un temps, par l'inspiration de l'amour.
VILLES DES OISEAUX.
ESSAIS DE RÉPUBLIQUE.
Plus j'y songe, plus je vois que l'oiseau n'est pas, comme l'insecte, un animal industriel. C'est le poëte de la nature, le plus indépendant des êtres, d'une vie sublime, aventureuse, au total, très-peu protégée.
Entrons dans les forêts sauvages de l'Amérique, examinons les moyens de sûreté qu'inventent ou possèdent les êtres isolés. Comparons les ressources de l'oiseau, l'effort de son génie, aux inventions de son voisin, l'homme, qui vit aux mêmes lieux. La différence fait honneur à l'oiseau; l'invention humaine est tout offensive. L'indien a trouvé le casse-tête, (Page ) le couteau de pierre à scalper; l'oiseau n'a trouvé que le nid.