Mais, encore une fois, il faut à ce genre de transplantation une générosité de moyens, un ensemble de précautions, disons-le, une tendresse d'éducation, qui se trouvent réunies rarement.
Un mot ici, un petit fait, dont la portée n'est pas petite.
Un grand écrivain, qui ne fut point un savant, Bernardin de Saint-Pierre, avait dit qu'on ne réussirait pas à transplanter l'animal, si on n'importait à côté de lui le végétal auquel il est particulièrement sympathique. Ce mot passa comme tant d'autres vues qui font sourire les savants, et qu'ils appellent poésie.
Mais il n'a pas passé en vain pour un amateur (Page ) éclairé qui s'est fait ici, à Paris, une collection d'oiseaux vivants. Quelque soin qu'il prît, une perruche fort rare, qu'il avait acquise, restait obstinément stérile. Il s'informa du végétal dans lequel elle fait son nid, et donna commission au Havre pour qu'il lui fût apporté. Il ne put l'avoir vivant; il l'eut sans feuille, sans branche; un simple tronc mort. N'importe, l'oiseau, dans ce tronc creux, retrouva sa place ordinaire, ne manqua pas d'y faire son nid. Il aima et prit famille; il eut des œufs, il les couva, et maintenant il a des petits.
Recréer les circonstances d'habitation, de nourriture, l'entourage végétal, les harmonies de toute espèce, qui pourront tromper l'exilé et faire oublier la patrie, c'est chose non-seulement de science, mais d'ingénieuse invention.
Déterminer la mesure de liberté, de servage, d'alliance et de collaboration avec nous, dont chaque être est susceptible, c'est un des plus graves sujets qui puissent occuper.
Art nouveau, où l'on ne pénétrera pas sans un approfondissement moral, un affinement, une délicatesse (Page ) d'appréciation, qui commence à peine, et qui n'existera peut-être que quand la femme entrera dans la science, dont elle est exclue jusqu'ici.
Cet art suppose une tendresse infinie dans la justice et la sagesse.