Je me garderai bien de parler de la domestication, lorsque mon ami, M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, rouvre d'une manière si louable cette voie longtemps oubliée.
Un rapprochement suffit. L'antiquité nous a légué en ce genre le patrimoine admirable dont a vécu le genre humain: la domestication du chien, du cheval et de l'âne, du chameau, de l'éléphant, du bœuf, du mouton et de la chèvre, des gallinacées.
Quel progrès dans les deux mille ans qui viennent de s'écouler? Quelle acquisition nouvelle?
(Page ) Deux seulement, et légères à coup sûr: l'importation du dindon et du faisan de la Chine!
Nul effort direct de l'homme n'a agi pour le bien du globe autant que l'humble travail des modestes auxiliaires de la vie humaine.
Pour descendre à ce qu'on méprise si sottement, à la basse-cour, quand on voit les milliards d'œufs que font éclore les fours d'Égypte, ou dont notre Normandie charge des vaisseaux, des flottes, qui chaque année passent la Manche, on apprend à apprécier comment les petits moyens de l'économie domestique produisent les plus grands résultats.
Si la France n'avait pas le cheval, et que quelqu'un le lui donnât, une telle conquête serait pour elle plus que la conquête du Rhin, de la Belgique, de la Savoie; le cheval seul vaut trois royaumes.
Maintenant voici un animal qui représente à lui seul le cheval, l'âne, la vache, la chèvre, qui a toutes leurs utilités, et qui donne par-dessus une incomparable laine; animal dur et robuste, qui supporte le froid à merveille. On entend bien que je parle du lama, que M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire (Page ) s'efforce d'introduire ici avec une si louable persévérance. Tout semble se liguer à l'encontre: le beau troupeau de Versailles a péri par la malveillance; celui du Jardin des Plantes périra par l'étroitesse du local et l'humidité.
La conquête du lama est dix fois plus importante que la conquête de Crimée.