VIII
ACCORDS MATRIMONIAUX
Il est, à peu près, inutile de dire que Bengali manqua à la presque promesse qui lui avait été arrachée, d'accompagner sa tante au dîner offert à cette riche parente; il s'était mis en tête de découvrir Georgette dont la pensée ne le quittait pas. La découvrir! Comment? C'est ce qui le préoccupait autrement que l'invitation de l'obséquieux trio.
Jujube avait bien fait les choses, car si, certains jours, on en était réduit au simple miroton et au fromage, quand on avait des convives on sortait la porcelaine de Saxe, les couteaux en vermeil, les verres de baccarat et le seau à glace, et on commandait le repas à Potel et Chabot qui envoyaient, avec le menu, un garçon en habit noir, cravate blanche et gants de même couleur, pour le service de la table.
On exprima à mademoiselle Piédevache les vifs regrets causés par l'absence de son neveu, dont on exalta l'esprit et la belle humeur, et Jujube qui, dans ses déceptions fréquentes, trouvait toujours une contrepartie consolante, pensa qu'après tout, la présence de Bengali aurait rendu difficiles les allusions au mariage désiré.
La tante était fort irritée contre lui:
—Voilà quinze jours que je ne l'ai vu, le chenapan, dit-elle.
On l'excusa; mademoiselle Piédevache habite Saint-Mandé, c'est un peu loin pour l'aller voir souvent. La vieille demoiselle répliqua que son vaurien de neveu avait toujours de bonnes raisons à lui donner.—Je vais chez lui, dit-elle, je ne le trouve jamais; je lui écris, il me répond des lettres charmantes, mais il ne vient pas. Cependant, ajouta-t-elle, il m'a formellement promis de venir samedi; c'est ma fête.... Oh! il sait que ce jour-là, je ne le tancerai pas.
—Il faut le marier, dit Jujube.