—Je n'en veux pas d'autre, s'écriait Athalie tout en larmes; c'est lui que je veux, c'est lui que j'aime.

—Enfin, dit la mère, il faut prendre un parti; les visites de ce jeune homme finiront par compromettre notre fille.

Jujube se décida donc à en finir par une dernière démarche auprès de mademoiselle Piédevache. Il se transporta à Saint-Mandé et exposa la situation.

—Vous avez raison, répondit la vieille demoiselle irritée, il faut en finir. Je vais voir mon neveu, lui mettre le marché au poing; je le mènerai chez vous et nous en finirons.

Pendant ce temps, l'infortuné pharmacien, convaincu de l'amour d'Athalie pour lui, continuait ses tentatives de visites, qui échouaient toujours. Souvent il se présentait au moment où son rival était dans la place. Ce jour-là, le pauvre garçon n'était pas reçu. Une autre fois, ces dames étaient sorties, ou bien Jujube était là, et c'était tous les jours un nouveau prétexte; le malheureux Pistache retournait piteusement à son officine, en se disant: «C'est drôle, depuis quelque temps, on a bien souvent des motifs de ne pas me recevoir.» Si bien qu'un jour où il avait été de nouveau éconduit, certain, d'après l'affirmation du concierge, que ces dames étaient chez elles, il s'aposta au palier de l'étage supérieur pour voir sortir le visiteur cause de sa non-réception.

Au bout d'un quart d'heure d'attente, il vit sortir Bengali, reconduit par les deux dames avec mille paroles gracieuses:—Lui! se dit-il avec stupéfaction; c'est pour lui qu'on ne me reçoit pas!

Le pauvre garçon ne vivait plus, depuis ce jour; il ne savait comment demander à ces dames une explication; avouer son espionnage, c'était impossible. Enfin, n'y pouvant plus tenir, il leur raconta que, le jour en question, il avait rencontré dans l'escalier une personne de connaissance avec laquelle il avait causé, et qu'à ce moment il avait vu sortir Bengali reconduit par elles. Athalie, tout interdite, ne savait que répondre; la mère, sans hésitation ni embarras, expliqua que ce jeune homme était venu les entretenir d'une affaire d'intérêt concernant sa tante, et qu'il n'était pas possible, même Pistache étant son ami, de le faire assister à des confidences sur des affaires de famille.

Le naïf garçon, qui ne désirait rien tant que d'être rassuré, se récria, s'excusa d'avoir involontairement amené des explications dont il n'avait pas besoin; que jamais l'idée d'un manque de parole, de la part de ces dames, ne lui serait venu à la pensée, etc., etc. Puis il demanda si le moment de se déclarer à M. Jujubès était proche....

—Vous serez bientôt fixé, répondit madame Jujube.

—Fixé... agréablement? demanda-t-il.