—Je prépare mon mari en vue d'une réponse favorable, répondit-elle.

Et le bon Pistache partit plein de confiance, non cependant sans avoir remarqué qu'Athalie était restée étrangère à la justification.

Le lendemain même de cette entrevue qui l'avait rassuré, mademoiselle Piédevache et son neveu se présentaient dans la famille Jujube.

Bengali, après quelque résistance, avait fini par céder à la volonté de sa tante, se disant qu'après tout, il aurait une petite femme un peu bébête, mais aimante et bonne, qui lui ferait la vie douce, qu'il finirait probablement par aimer. Bref, la main d'Athalie fut officiellement demandée, accordée cela va sans dire, et cet heureux événement jeta une joie inaccoutumée dans la famille Jujube.

Et le soir, en rentrant chez lui, vers dix heures, toujours la tête occupée de Georgette, Bengali se disait: «Elle aussi est sans doute mariée; M. Marocain m'avait dit que le mariage était pour dans un mois et voilà plus de cinq semaines.»

—Ah! je suis stupide, pensa-t-il, j'ai beau faire tout au monde pour l'oublier, je ne peux pas... pourtant, je n'ai rien à espérer, elle est mariée... à un homme qu'elle aime; il est bien heureux celui-là.... Allons! n'y pensons plus!... oui... je dis toujours cela... et j'y pense tout de même.

Ses réflexions furent troublées par les cris d'une femme appelant à l'aide; Bengali se précipita du côté d'où partaient les cris et vit un jeune homme enlaçant une femme qui se débattait dans son étreinte:

—Voyons, disait l'auteur de cette entreprise galante, un petit souper fin... dans un joli cabinet particulier....

Il fut interrompu par l'intervention de Bengali, qui l'écarta violemment de sa victime, avec accompagnement d'épithètes:

—Ah! dit le monsieur, vous êtes le souteneur de cette promeneuse nocturne que je prenais pour une ouvrière attardée... et moi qui allais vous remettre ma carte. Puis avec un rire de mépris:—Ah! non! non! on ne se bat pas avec....