—Son médecin, paraît-il, l'envoie là-bas pour achever sa guérison.
—Eh bien, papa, si c'est le médecin qui l'a ordonné....
—Sans doute, ajouta la mère, si le médecin a jugé nécessaire....
—Nécessaire aussi, répondit Jujube, de partir sans nous faire une visite, sans nous exprimer par une lettre son désir de nous voir, sans même nous informer personnellement de son départ, puisque c'est sa tante qui nous l'apprend.
Athalie, cette fois, ne répondit que par des larmes.
—Un pareil manque d'égards, dit madame Jujube, est sans excuse.
—Sans excuse, appuya Jujube.
Bengali, cependant, en avait une excellente pour ne pas annoncer son départ. Il n'était pas parti et ne devait même pas partir; il avait exprimé le désir d'aller achever sa convalescence à Nice, à son médecin; celui-ci avait fort approuvé cette excellente idée. Le lendemain, le prétendu voyageur informait sa tante de ce qu'il appelait l'ordre du docteur; la brave femme pleura fort, mais enfin, cette séparation était nécessaire; elle se résigna, donna quelques billets de banque à celui qu'elle appelait son cher enfant, retourna à Saint-Mandé, et Bengali aussitôt de faire faire ses malles, d'envoyer chercher une voiture et d'aller s'installer dans un petit appartement d'un quartier éloigné, appartement qu'il fit meubler.
Le résultat des visites de Georgette avait été ce qu'on pouvait prévoir, et, chose moins facile à supposer, la possession, loin de refroidir les sentiments de l'heureux amant, n'avait fait qu'accroître son amour pour l'adorable fille qui s'était donnée à lui; c'était pour la voir tous les jours, sans gêne, sans contrainte, qu'il avait imaginé le besoin d'aller se rétablir à Nice.
Il avait, d'ailleurs, tout prévu. Un de ses amis, installé dans cette ville pour plusieurs mois, et avec qui il s'était entendu, lui avait indiqué son hôtel; Bengali en avait donné le nom et l'adresse à sa tante, comme devant être le domicile où elle lui écrirait; l'ami lui renverrait les lettres. Bengali y répondrait, enverrait ses réponses à l'obligeant intermédiaire qui n'aurait plus qu'à les jeter à la poste.