—Enfin, conclut Jujube, nous parlons pour ne rien dire, attendons sa lettre.

Le lendemain, pas de lettre!

Les deux dames firent observer que Bengali avait eu, au plus, le temps d'arriver, qu'à peine entré en convalescence, la fatigue du voyage avait dû l'obliger à un repos bien naturel.

—Parfait! attendons à demain, répondit ironiquement le père incrédule.

Deux jours, trois jours, huit jours s'écoulèrent et toujours pas de lettre; la tante Piédevache était allée passer un mois en Auvergne, chez des amis, impossible d'aller lui demander une explication; écrire à Nice, au prétendu convalescent, on ignorait son adresse, et l'infortunée Athalie ne cessait pas d'inonder de ses larmes son piano que, malgré sa douleur, elle était obligée de travailler pour obéir aux injonctions paternelles.

Jujube, convaincu que c'était encore un mariage raté, résolut de prendre l'initiative d'un affront à son singulier futur gendre, pour que celui-ci ne le lui fît pas, et il se décida à donner sa fille à Pistache si ce jeune homme consentait à abandonner la pharmacie; il était riche, adorait Athalie; la condition serait donc acceptée sans difficulté.

La réception d'une lettre montée par le concierge et timbrée de Nice vint interrompre le cours de ses réflexions:

—Une lettre de Nice! cria-t-il.

Les deux femmes accoururent:

—Tu vois bien, papa, dit Athalie suffoquée par l'émotion. Et comme il éprouvait quelques difficultés à défaire l'enveloppe: