—Écoutez-moi, mademoiselle, dit Bengali.
—Je sais ce que vous allez me dire: cette rencontre de Georgette après votre demande de ma main, de Georgette que vous aimiez déjà, ce duel pour elle, les soins qu'elle vous a prodigués, ses veilles à votre chevet... et puis... une faute... une faute qu'il faut réparer... pourquoi ne m'avez-vous pas confié tout cela?
—Votre père, votre mère me disaient que vous m'aimiez et je n'osais pas....
—En vous épousant sans répugnance, mais sans amour... car j'aimais ailleurs, mes parents le savaient, j'obéissais aux désirs de mon père; je suis adorée de celui que je désespère et que je sacrifiais en me sacrifiant moi-même; vous avez pu être trompé par mon humeur qui n'était pas celle d'une femme qui se sacrifie..., mais vous savez, dans ma famille..., on a des satisfactions qui l'emportent sur celles du cœur. J'ai été élevée comme cela; mais si j'ai toujours cédé aux volontés de mon père, je lui résisterai pour ne pas épouser un homme dont je ne suis pas aimée.
Et embrassant de nouveau Georgette:
—Ma pauvre Georgette..., c'est toi qu'il épousera..., qu'il doit épouser, il le faut.
Les deux jeunes gens lui avaient saisi chacun une main et balbutiaient des paroles de reconnaissance.
—Ne me remerciez pas, dit-elle....
Puis, gaîment et tirant son éventail:
—Je t'apportais cela, comme c'était convenu, dit-elle à Georgette; vois donc le dessin de papa comme il est joli; c'est moins pressé maintenant, parce que mon autre mariage ne sera pas aussi prochain; mais, c'est égal, peins-moi cela le plus tôt possible, je suis impatiente de le voir, de le montrer.... Allons, adieu!... Voulez-vous m'embrasser, monsieur Bengali?