—De la même façon qu'on imite les billets de banque, mademoiselle, répondit Bengali, seulement on s'expose à aller au bagne; c'est pourquoi je m'abstiens de faire cette imitation; mais vous n'y perdrez rien, je vais exécuter le tour nommé la surprise, parce qu'en effet, personne ne s'attend à ce qui arrive.
Une nouvelle manifestation joyeuse se produisit, à l'énoncé d'un résultat mystérieux et imprévu.
—Pour faire ce tour, dit notre mystificateur, j'ai besoin de divers objets. Et il demanda une ficelle longue de 5 à 6 mètres, des bougies, un moulin à café et un cor de chasse qu'il avait vu, dans l'antichambre, pendu à un clou, accessoire à l'usage de l'artiste pour les portraits de chasseurs.
Ces divers objets lui ayant été apportés, Bengali fit tenir un bout de la ficelle par M. Quatpuces, l'autre bout par Jujube, rangea les dames côte à côte le long de la ficelle et leur remit à chacune une bougie allumée, plaça au milieu d'elles madame Jujube armée du moulin à café et mit, en face d'elle et à distance, Pistache qu'il chargea du cor de chasse.
La mise en scène ainsi préparée à la grande gaîté des comparses de l'opérateur, celui-ci donna comme instructions: à madame Jujube, de moudre; à Pistache, de souffler dans le cor de chasse, et il sortit pour préparer, soi-disant, la surprise; affaire de quelques minutes, ajouta-t-il.
Il y avait un bon quart d'heure que madame Jujube tournait son moulin et que Pistache soufflait dans son instrument; on s'était d'abord tordu de rire, mais on commençait à se regarder et à trouver bien longs les préparatifs du tour, lorsque la bonne annonça mademoiselle Piédevache.
La nouvelle venue resta stupéfaite en voyant le tableau qui s'offrait à ses yeux.
—Excusez-nous, mademoiselle, cria Jujube, c'est un tour que va nous faire un jeune homme que nous a amené monsieur, qui joue du cor.
—Oui, mon ami Bengali, ajouta Pistache.
—Mon neveu! dit mademoiselle Piédevache.