Eusèbe sortit trois louis et reçut six francs de menue monnaie.

—Voilà, pensa-t-il, un homme fort supérieur; il n'a pas mis une seconde pour compter ce qui me revenait.

—Et maintenant, demanda-t-il, pourriez-vous me dire, monsieur, où je dois prendre la voiture?

—Le train, voulez-vous dire?

—Je ne sais si le véhicule qui doit me transporter se nomme ainsi, répondit Eusèbe avec timidité.

—Véhicule! s'écria l'employé, qu'appelez-vous véhicule, je vous prie? vous moquez-vous? Voici votre wagon; une autre fois tâchez d'être poli, si c'est possible.

—Cet homme, se dit Eusèbe, n'est point un esprit supérieur, c'est plus qu'un sot, c'est un ignorant.

Le voyage d'Eusèbe n'offrit aucun incident. Seul dans une diligence de première classe, il ôta les coussins, les mit à terre, et plaçant sa valise sous sa tête en manière d'oreiller, il s'endormit jusqu'au jour d'un sommeil paisible.

Lorsqu'il s'éveilla, il avait passé Orléans; ses yeux mi-ouverts se portèrent sur la campagne, et un cri d'admiration s'échappa de sa poitrine.