—Cependant, il en est ainsi, mon pauvre enfant. Je vous le répète, les lois de l'honneur sont inflexibles.

—Les lois de l'honneur, quel honneur! où prenez-vous l'honneur, je vous prie, dites-moi?... Ce n'est point moi qui ai forfait à ces lois si elles existent; c'est cet homme.

—Écoutez-moi, Eusèbe, reprit Clamens avec gravité; vous avez défendu la réputation d'Adéonne, vous avez bien fait, d'abord parce que c'est votre maîtresse, et aussi parce que c'est une brave et vaillante créature qui vous aime de tout son cœur; oui, je le répète, vous avez bien fait. Je suis convaincu comme vous que La Saulaye a menti comme un manant; mais, en le lui disant vous lui faisiez une injure, dont il a le droit de vous demander rétractation par les armes. Si vous refusiez, vous passeriez pour un lâche, et le monde croirait que la vérité et le bon droit sont de son côté. Je me suis fait de mon plein gré votre second dans cette affaire. Je ne regrette pas mon initiative; si vous refusez de vous battre, je prendrai votre place.

—Comment cela?

—Les lois de l'honneur m'y forcent.

—Je me battrai, répondit Eusèbe, mais je veux que le diable m'emporte, si je comprends quelque chose à ce que vous nommez les lois de l'honneur!


[XXXIII]

Après une longue discussion, dans laquelle Clamens avait beaucoup parlé et Eusèbe peu compris, le besoin d'un second, pour assister le jeune homme, s'étant fait sentir, Eusèbe se souvint de son vieil ami Paul Buck et se dirigea vers sa demeure.