Daniel Clamens avançait que c'était un mal nécessaire.
Le commandant de Vic, premier témoin de M. de la Saulaye, affirmait que c'était le jugement de Dieu.
Pour M. de Buffières, le jeune lion qui avait échangé sa carte avec le vaudevilliste, il avouait n'avoir aucune opinion à délayer sur ce crime, que la loi,—par respect pour elle-même, sans doute,—n'a pas osé prévoir.
Malgré tant de disparité dans leurs idées, les témoins s'entendirent presque tout de suite. Un seul tâcha de secouer l'olivier de paix: ce fut Paul Buck.
—Messieurs, dit-il, je crois que notre devoir est, l'honneur de nos commettants n'étant pas en péril, d'arranger cette sotte affaire.
—Monsieur, répondit M. de Buffières, nous avons la prétention de croire, monsieur le commandant de Vic et moi, que nous n'avons de conseil à recevoir de personne dans un cas comme celui qui nous rassemble.
—Libre à vous, messieurs, de ne pas écouter un bon avis, mais libre à moi, je pense, de dire ici mes impressions. Si je parle, croyez bien que ce n'est point pour professer, mais, devant ma conscience, je suis responsable de la vie de deux hommes, dont l'un est mon ami; si un malheur venait à arriver, je veux pouvoir dormir tranquille.
—Si c'est pour assurer votre sommeil, continuez.
—Si je tiens à garantir mes nuits, continua l'artiste, c'est que, jusqu'à présent, les jours ne m'ont guère réussi. Voyons, messieurs, parlons peu et parlons bien; nous sommes des hommes, pourquoi ne nous entendrions-nous pas? Je suis sûr que, dans le fond du cœur, chacun de nous regrette ce qui arrive.
—Certainement, certainement, répondit le commandant de Vic; moi, qui vous parle, j'ai eu dix affaires, je n'en suis pas mort, c'est vrai, cependant; je ne vois jamais avec plaisir deux hommes se couper la gorge; je dirai même mieux,—vous me croirez si vous voulez,—ça m'est évidemment désagréable; néanmoins il est des circonstances... vous me comprenez bien?