—Il faut que jeunesse se casse, dit Clamens; ce mauvais jeu de mots fit sourire M. de Buffières qui adorait les à peu près.
Paul Buck crut le moment bien choisi pour renouveler sa tentative de réconciliation.
—Au fond de tout cela qu'y a-t-il? Rien. Un jeune homme plaisante avec des amis, il se vante de posséder une femme à laquelle il n'a jamais parlé,—nous nous en sommes assurés;—le propriétaire de la dame entend ce propos et dit au jeune bavard qu'il en a menti; c'est dur, mais entre nous que vouliez-vous qu'il fît? il ne pouvait pas décemment l'inviter à dîner. Eh bien! que M. de la Saulaye, qui est un galant homme, j'en suis certain, reconnaisse qu'il a eu tort et nous en resterons là. Parbleu! nous ne demandons pas la mort du pécheur.
—Vous oubliez, dit M. de Buffières, que c'est l'insulteur et non l'insulté, qui doit faire les excuses.
—Il y a, reprit le peintre, une autre façon de terminer cette absurde affaire: que M. de la Saulaye prouve qu'il a dit la vérité; nous, nous empêcherons notre ami de se battre pour une femme qui n'en vaut pas la peine.
—Monsieur de la Saulaye, reprit le commandant, prouvera tout ce qu'on voudra, mais seulement quand il aura obtenu réparation de l'outrage qui lui a été fait.
—C'est ça même, dit M. de Buffières.
—Si, continua Paul, par un hasard malheureux, M. de la Saulaye tuait M. Martin ou que M. Martin tuât M. de la Saulaye, cela prouverait-il que l'un avait tort et que l'autre avait menti? et la réputation d'Adéonne en serait-elle moins avancée?