—Adéonne! s'écria le commandant de Vic, s'agirait-il de la chanteuse?
—Oui, répondit monsieur de Buffières; la connaissez-vous?
—Elle, non, je ne la connais que de vue; mais j'ai beaucoup connu sa mère, une jolie brune qui avait des yeux noirs comme la peau d'une taupe, elle jouait la comédie à Saumur, et, ce qu'il y a de singulier, c'est que la naissance de cette Adéonne, fut la cause d'une rencontre entre un excellent officier, M. de Baudibard de Saint-Fayol, qui est maintenant colonel du 9e lanciers, et moi.
—Allons donc!
—C'est comme je vous le dis. De Baudibard de Saint-Fayol prétendait que la petite était sa fille et moi je prétendais absolument la même chose. Je reçus dans le bras un coup de fleuret qui me retint quinze jours dans ma chambre, ce qui, avec un mois d'arrêts forcés, me calma beaucoup. Aujourd'hui je me battrais pour prouver le contraire de ce que j'avançais alors. Dernièrement nous fûmes exprès à l'opéra-comique, Saint-Fayol et moi, pour voir la petite. Saint-Fayol, qui est aussi brun que moi, n'en revenait pas de lui voir des cheveux blonds. Alors je me rappelai que j'avais eu pour fourrier pendant ma liaison avec la mère, un alsacien blond comme de la filasse. Je fis part de ce souvenir à de Baudibard de Saint-Fayol. Nous n'avons jamais tant ri.
—De quoi? demanda Paul Buck.
—Mais parbleu! de cette aventure, donc! répondit le commandant.
Clamens et M. de Buffières riaient. Paul comprit que tout nouvel effort serait inutile; il se retira dans un coin et se contenta d'incliner la tête, lorsque M. de Vic, lui dit:—Eh bien, c'est entendu, demain, sept heures, au Pecq, avenue de la Grotte; nous porterons chacun nos épées.