Le provincial allait répondre, lorsque le cocher, auquel un voyageur venait de faire signe, s'éloigna rapidement.

—Voici un peuple qui me paraît assez mal entendre les lois de l'hospitalité! pensa le fils de M. Martin; il vous interpelle pour vous insulter; qu'est-ce que cela veut dire?


[IV]

Paris est le rêve de tous les provinciaux. Riches ou pauvres veulent y venir, au moins une fois: les premiers pour y jouir de la vie; les seconds pour essayer de s'enrichir. Nul ne peut se figurer les désillusions de l'arrivant, parce que chacun s'imagine Paris à sa manière. Pour quelques-uns la capitale est une grappe de palais; pour d'autres, les maisons sont bâties d'or et de rubis.

Paris ne répond jamais à l'idée qu'on s'était faite de lui; pour l'aimer et l'admirer il faut le connaître. Les Méridionaux surtout font piteuse mine en abordant la capitale. Leur imagination, plus vive que celle des gens du Nord,—oui, plus vive!—a paré de mille façons la métropole. Comme pour les punir de ces châteaux en pensée, le hasard les a de tout temps fait entrer par l'endroit le plus laid de la ville. Avant l'établissement du chemin de fer, les gens du Midi arrivaient par la barrière d'Enfer; pour eux Paris avait l'air d'un bouge; maintenant il n'a l'air de rien.

Eusèbe, son inévitable valise sous le bras, sortit de la gare marchant droit devant lui.

Il vit la Seine qu'il trouva étroite; puis un pont qui lui sembla mesquin. Tout à coup son regard se dérida, il venait d'apercevoir le jardin du Muséum.

—A la bonne heure, dit-il, voilà une belle et vaste propriété; le maître l'a fait cultiver d'une admirable façon. Il est fort malheureux qu'il ait eu l'idée de placer un factionnaire à la porte pour empêcher d'entrer; c'est ridicule. Il est vrai qu'il y a, dit-on, beaucoup de voleurs dans cette immense ville.