Eusèbe Martin, s'approchant du dragon qui gardait le jardin sous la forme débonnaire d'un fantassin, lui dit:

—Comment s'appelle, je vous prie, ce magnifique clos?

—Clos! répéta le soldat; connais pas.

—Je vous demande le nom de cet enclos?

—Enclos! inconnu au régiment.

—Pardon, reprit Eusèbe avec douceur; je vous demande, mon ami, le nom de ce jardin que vous gardez si bien?

—Ah! ah! répondit le fils de Mars, fallait vous expliquer tégoriquement, jène home; ça s'appelle le Jardin des Plantes.

—Merci, dit Eusèbe; mais en s'en allant il fit cette réflexion, qui lui parut sensée:

—Jardin des Plantes, ceci n'est pas un nom. Tous les jardins possèdent des plantes; les plantes naissent dans les jardins; et un jardin qui n'aurait pas de plantes ne serait pas un jardin. Évidemment ce soldat m'a trompé.

Avisant un vieillard à barbe blanche qui, assis sur un banc, paraissait avoir affermé le soleil à l'heure, le jeune homme se découvrit respectueusement et lui dit: