La nuit était venue, Eusèbe s'en était peu inquiété. Il avait entendu dire qu'à Paris on faisait du jour la nuit, qu'à minuit Paris était plus brillant qu'à midi, et bien d'autres absurdités. En voyant s'allumer des milliers de becs de gaz avec une étonnante rapidité, il avait pensé que toutes ces phrases de la province étaient des vérités. Mais quand le pauvre garçon, qui avait mis deux heures pour trouver un restaurant, voulut se mettre en quête d'un gîte, il s'aperçut que le gaz n'avait rien de commun avec le soleil. Malgré toute l'attention qu'il mettait à lire les enseignes, il ne pouvait arriver à y trouver le mot auberge.
Son inquiétude était grande. Il venait de remarquer une horloge dont les aiguilles indiquaient dix heures et demie. Jamais il ne s'était couché si tard.
Il avait fort envie de s'informer, de demander au premier passant où il pourrait trouver un lit; mais ses mésaventures du matin lui revenaient sans cesse à la mémoire. Il comprit cependant qu'il n'avait pas d'autre parti à prendre, et résolut de s'adresser à la première femme qui passerait près de lui.
—Une femme, pensait-il, sera plus douce et meilleure qu'un homme, et comme à cet instant une dame sortait d'une maison, il lui dit:
—Permettez, madame, à un étranger fort embarrassé, de vous demander un renseignement.
La dame passa sans répondre.
—Je me suis mal adressé, se dit le provincial; cette personne est à coup sûr une grande dame au cœur sec et altier; que ne m'adressais-je plutôt à celle-ci, qui a l'air d'une ouvrière.
—Madame, dit-il à une femme en bonnet qui le coudoyait, un renseignement, je vous prie?
—Voilà une heure bien choisie, ma foi! pour faire des questions; que voulez-vous? répondit l'ouvrière.