—Non.

—Alors qu'avez-vous?

—J'ai, dit Eusèbe en se levant—la sympathique curiosité d'un homme venait de lui rendre la force et le courage—j'ai, que je suis arrivé ce matin de mon pays, et déjà un cocher m'a insulté, un soldat s'est moqué de moi, un vieillard m'a gourmandé, un commissaire de police a voulu m'arrêter, il me croyait fou, parce que j'avais dépendu un Auvergnat; un garçon de restaurant m'a appelé toqué, une grande dame n'a point daigné me répondre, et une femme du peuple à laquelle je demandais de m'indiquer une auberge, m'a dit mille sottises; si bien que je me demande si vraiment je suis fou, ou si croyant venir dans un pays civilisé, je ne suis pas tombé au milieu de hordes sauvages.

Le marchand lui répondit:

—Il y a peut-être du vrai dans ces deux suppositions. Entrez vous asseoir un instant, nous causerons, et je vous aiderai à vous reconnaître.

—Homme généreux, reprit Eusèbe, soyez béni; Dieu, j'en suis sûr, vous tiendra compte de votre bonne action, et si jamais vous ou votre fils allez vers les rives lointaines, il vous préparera un gîte sous une tente hospitalière.


[VIII]

—Je ne suis pas marié; partant, je n'ai pas de fils. Si j'en avais un, je ne le ferais pas voyager, répondit l'homme. Pour moi, je n'irai jamais plus loin que Versailles, où je vais me retirer. J'y trouverai à coup sûr, une tente hospitalière, car j'ai dix mille francs de rente. Enfin, je ne suis pas un homme généreux; je suis marchand de porcelaines.