—Il n'est point de sot métier, dit sentencieusement Eusèbe Martin.
—Je vous ai fait entrer, continua le commerçant, parce que j'ai reconnu à votre accent que vous étiez un compatriote. Je suis de Rochechouart; je me nomme Lansade.
Martin fils raconta son voyage, et en détailla les motifs au marchand, qui ne les comprit pas.
—Ce que je vois de plus clair en tout ceci, c'est que M. Martin, votre papa—je l'ai bien connu—a voulu vous faire voir du pays. C'est bien naturel. Un jeune homme doit connaître la vie.
—C'est cela, dit le jeune homme.
—Seulement, continua Lansade, il aurait dû vous donner des lettres de recommandation pour quelques amis, qui se seraient fait un plaisir de vous piloter.
—Mon père n'a pas d'amis.
—Par le temps qui court, c'est une bonne chose. Cependant, on a toujours quelques connaissances; on ne peut pas vivre comme un ours.
—Mon père vit comme un philosophe.
—C'est la même chose, dit Lansade. Maintenant, puisque votre bonne étoile vous a conduit devant ma porte, je veux vous être utile. Prenez d'abord ces cartes où se trouve mon adresse; ne les égarez pas. Je vais fermer mon magasin et vous mener chez Mme Morin, une dame qui loue des chambres: c'est une brave femme, qui aura bien soin de vous. Je ne suis pas fâché de lui amener une pratique; je rendrai service à deux personnes.