Le troisième soir, comme il pleuvait, il entra aux Variétés, où il se retrouva en pleine revue. Cette fois, il pensa en perdre la tête.

—Ah! se disait-il, je suis l'être le plus ignorant du monde, le plus mal organisé, ou tous ces comédiens et ceux qui les écoutent sont fous. Pourquoi se peignent-ils le visage comme des Indiens? Pourquoi ont-ils des costumes qui n'appartiennent à aucun peuple? Pourquoi le public rit-il à gorge déployée en les voyant berner un vieillard ridicule? et pourquoi les applaudit-il si fort lorsqu'ils prononcent quelques mots à deux sens? Pourquoi chantent-ils à propos de rien et à propos de tout, et comment se fait-il qu'ils parlent ma langue maternelle et que je ne les comprenne pas? Je ne reviendrai plus.

Le lendemain, il revint pourtant se disant que peut-être tous les théâtres n'étaient pas de même.

Il passa cinq heures à la Gaîté à écouter l'histoire d'un enfant perdu. Autant le jour suivant à l'Ambigu, à entendre celle d'un enfant trouvé. Plus tard, à la Porte-Saint-Martin, il eut l'immense satisfaction de voir d'un seul coup un enfant perdu et retrouvé, trouvé, puis reperdu, et encore retrouvé.

Aux Français, à l'Odéon, au Gymnase, au Vaudeville, au Palais-Royal, il vit la même pièce sous quinze formes différentes: un jeune homme voulait épouser une jeune fille, et malgré mille obstacles, il finissait par arriver à son but.

—Quand j'en aurai vu marier deux douzaines, se dit Eusèbe, je garderai mon argent.


[XIV]