—Rien n'est plus facile; nous reviendrons à six.

—Partons donc.

Bras dessus, bras dessous, les deux jeunes gens se dirigèrent vers l'embarcadère de l'ouest.

Eusèbe était silencieux, Paul Buck aussi. Eusèbe songeait à Adéonne, et Paul songeait à quoi Eusèbe pouvait songer.

Dans le wagon, ils rencontrèrent un négociant, nommé Bonnaud, grand ami de Lansade. Il leur fallut rompre le silence et se livrer à l'une de ces banales conversations si ennuyeuses aux gens préoccupés par une idée. Heureusement le commerçant était loquace; les deux amis lui laissèrent faire tous les frais de la causerie.

—Quand on pense, s'écria Bonnaud, qu'autrefois on mettait trois heures et demie et quelquefois cinq, pour aller à Viroflay, qui est encore avant Versailles, et qu'aujourd'hui, grâce au chemin de fer, trente-cinq minutes suffisent pour le même trajet. C'est vraiment phénoménal! Moi qui vous parle, j'ai mis, c'était en 1829, l'année du grand hiver, il faisait un froid de loup, cinq nuits et quatre jours pour venir de Bordeaux. Aujourd'hui on y va en treize heures. C'est colossal!

—Tout ce qu'il y a de plus colossal, répondit Paul Buck avec une aménité parfaite.

—Et dire, continua Bonnaud, qu'il y a de par le monde des gens ignorants et de mauvaise foi...

—Il y en a, interrompit Buck, et beaucoup.

—Quoi?