—Des ignorants et des gens de mauvaise foi, vous venez de le dire.
—C'est juste, je poursuis: gens ignorants et de mauvaise foi qui prétendent, que dis-je! qui nient la marche du progrès dans notre siècle.
—Comment, il est des êtres assez idiots pour dire une semblable énormité! reprit le peintre en se levant courroucé; cela n'est pas possible!
—Oui, mossieu, il en existe, et beaucoup, et j'en connais.
—Eh bien, je leur fais mon compliment, ce sont de jolis désavoueurs de vérités.
Eusèbe, qui ignorait ce que les artistes appellent «faire poser un bourgeois,» regardait son ami avec étonnement. Le marchand reprit avec une importance extrême:
—Ainsi depuis que la guerre cruelle a cessé de porter ses ravages dans notre beau pays, l'industrie, cette autre épée de la France, lui a donné des conquêtes autrement conséquentes, sans parler de la vapeur qui aurait donné le monde au grand Napoléon si elle eût été inventée alors, n'avons-nous pas mille prodiges découverts par la chimie? et sans parler encore de cela, trouvez-moi quelque chose de plus grandiose et de plus surprenant que ces nombreux fils de fer qui bordent la route et sillonnent le monde, transmettant d'un point à un autre avec la rapidité de la flèche, les événements politiques ou autres qui surgissent dans l'univers! le télégraphe électrique suffirait à illustrer notre siècle. Et la photographie!...
—Permettez, n'allons pas plus loin, s'écria Paul Buck; je vous ai passé les fils électriques, bien qu'ils obscurcissent le paysage; mais, je vous en supplie, ne parlons pas de photographie avant déjeuner; cela porte malheur.
—Je respecte tout, même la superstition la plus erronée. C'est ma tolérance immuable pour toutes les opinions qui me rend féroce contre ceux qui veulent rabaisser la grandeur de notre siècle, et sa marche ascendante vers la civilisation parfaite.