—C'est vrai, répondit le jeune homme.

Cet aveu lui avait coûté à faire, parce que les âmes délicates éprouvent toujours une douleur vraie à mettre des tiers entre eux et l'objet aimé; mais Eusèbe ne savait et ne voulait pas mentir. Comme il sentait son cœur grossir et ses yeux se mouiller de larmes, il sortit et fut s'asseoir sur une chaise du jardin, où Paul ne tarda pas à le rejoindre.

—Je t'ai fait de la peine, cher sauvage, lui dit-il; pardonne-moi, je t'en prie. Que je suis fâché! surtout devant ces crétins. Tu m'en veux?

—Non, je voulais même te dire tout cela, mais plus tard; et je ne sais si c'est à cause de nos amis ou parce que je n'étais pas préparé, ton insistance m'a contrarié. Mais je ne t'en veux point.

—A la bonne heure; j'aurais été désolé. Je n'aime pas à nettoyer la palette des camarades; chacun son bleu. Mais puisque nous y sommes, raconte-moi tout; je pourrai peut-être te servir à quelque chose: moi aussi, j'ai aimé.

—Est-ce bien vrai? dit Eusèbe en se levant.

—Dix fois, peut-être plus! répondit Buck.

Eusèbe se laissa retomber sur le banc, et ajouta avec tristesse:

—C'est inutile; tu ne me comprendrais pas.

Paul insista. Son ami finit par céder, et raconta de point en point ce qui lui était arrivé, tout ce qu'il avait ressenti. Paul, malgré sa légèreté, était devenu grave et sérieux en entendant développer cet amour immense.