—Je suis le roi des Français.

Comme si la foule, qui s'était amassée autour des deux causeurs, n'eût attendu que cette parole, des cris mille fois répétés de «Vive le roi!» se firent entendre. Elle entoura le royal promeneur qui souriait aux uns, donnait sa main aux autres, avec une parole de bienveillance pour tous.

—Voici un grand roi et voici un grand peuple, pensa Martin qui retourna à la Capelette, non sans raconter à tout le département son entrevue des Tuileries et les promesses du roi.

Dix-sept ans s'écoulèrent. Martin perdu d'ennui, vivant seul avec son fils encore enfant, résolut de venir à Paris. A peine arrivé à l'hôtel, il s'empressa de mettre son plus bel habit et il se dit que, bien que le roi n'eût pas tenu sa promesse, il lui devait sa première visite.—Je le verrai dans son jardin, pensait-il; il sera moins embarrassé que si j'allais chez lui.

Aux Tuileries il trouva les portes encombrées; la foule la plus singulière se pressait en criant contre les grilles.—Quel bon peuple et quel amour pour son souverain! pensait le brave homme.

Des bandes de polissons couraient dans les rues en chantant:

Mourir pour la patrie,
C'est le sort le plus beau,
Le plus digne d'envie.
C'est le sort...

—Quelle jeunesse! quelle noble jeunesse! répétait le bon Martin les larmes aux yeux.