Ce bonheur tranquille finit par ennuyer le bon bourgeois. La femme dont il avait été si fier n'avait pas secondé ses vues. Au lieu de briller beaucoup, de le tromper un peu, de faire parler d'elle, elle vivait comme une bourgeoise. Un matin, il pensa qu'il fallait en finir et chercher ailleurs.
—Chère enfant, dit-il à Joséphine, j'ai à vous annoncer une chose assez triste pour moi. Des obligations, des affaires, comment dirai-je! des nécessités de famille, me forcent à vous quitter. Ne m'interrompez pas. Vous savez que je ne suis pas ingrat, j'ai toujours agi avec vous en galant homme; je continuerai. Vous toucherez votre pension pendant un an encore, et vous aurez toujours un ami en moi. Ainsi, c'est entendu, à dater d'aujourd'hui, nous serons de bons camarades.
—Quelle jolie scène je vous ferais si je vous aimais! répondit Joséphine en souriant.
—Je vois avec plaisir que vous prenez mieux la chose que je ne le pensais.
—Je ne la prends ni bien ni mal; cela m'est indifférent, voilà tout.
—Je crois cependant, reprit Fontournay, mériter quelques regrets.
—Vous avez tort.
—Vous êtes peu gracieuse pour moi, chère belle.
—Raisonnons. Vous m'avez donné une parcelle de vos revenus; cela vous convenait, si vous l'avez fait c'est que vous pensiez que ce que je vous donnais valait autant. Des regrets, dites-vous, pourquoi? Je trouverai facilement une affection comme la vôtre. Vous venez me raconter que vous êtes un galant homme; qu'est-ce que cela me fait? N'ai-je pas été loyale, moi, dont le métier est de ne pas l'être? Vous m'avez prise sans savoir pourquoi, vous me quittez de même. Je n'ai rien à dire et je ne dis rien; mais de grâce ne me parlez pas de regrets; les regrets n'étaient pas dans le marché.