[XXIV]
La consigne donnée par Adéonne à sa femme de chambre avait été si scrupuleusement observée, que le lendemain à dix heures, personne n'avait encore pénétré dans le boudoir de la comédienne.
Le silence et l'obscurité régnaient dans l'appartement. On aurait pu croire à la nuit, si les rideaux mal joints n'eussent laissé passer un rayon de soleil.
Adéonne, dans la même toilette que la veille, les cheveux en désordre, ouvrait avec une précaution extrême la porte qui conduisait de sa chambre au salon, s'arrêtant au moindre cri de la serrure; elle la referma avec les mêmes soins et, marchant sur la pointe du pied, elle traversa avec la légèreté d'un sylphe les deux pièces qui séparaient sa chambre de la salle à manger, où elle arriva si doucement que sa femme de chambre, qui écrivait à son amant, un dragon du 3e régiment, ne l'entendit pas venir.
—Que faites-vous là, Jenny? demanda-t-elle à voix basse.
—Madame le voit, répondit la jeune fille assez embarrassée; j'écrivais à mon cousin.
—A votre amoureux. Que fait-il?
—Il est soldat; nous devons nous marier.
—Pourquoi ne vient-il pas vous voir?