—J'avais cru rêver, dit-il.
Adéonne s'élança à son cou et le tint longtemps embrassé.
—Viens me dire que tu m'aimes, mon Eusèbe, murmura-t-elle en l'entraînant sur le divan; ou plutôt ne me dis rien, laisse-moi te voir. Oui, c'est bien toi, comme tu es beau! Dis que tu m'aimeras toujours.
—Oui, répondit Eusèbe.
—Je voudrais te dire beaucoup de choses, si tu savais, mais je ne trouve rien. Je suis toute bête, mais je t'aime bien; le bonheur m'étouffe.
—Écoute, mon bon ange, reprit-elle; nous ne nous quitterons plus, n'est-ce pas? Tu n'as rien à faire, ne viens pas me dire non, tu me l'as dit; je t'assure que tu me l'as dit deux fois hier soir. Nous ne nous quitterons plus. D'abord, si tu ne veux pas rester ici, je te suivrai partout où tu iras. Si tu veux, je laisserai mon théâtre et tout.
—Je veux que vous ne fassiez aucun sacrifice pour moi. Je n'ai pas besoin de cela pour être heureux.
—Des sacrifices! laisse-moi donc! Je me moque pas mal de tout ça; je n'ai jamais tenu à rien, moi: maintenant je tiens à toi. Je n'avais qu'un rêve, c'était d'être aimée comme tu m'aimes, mais je croyais que ça ne se pouvait pas; j'y avais renoncé; en voyant les hommes, je me disais: c'est des bêtises, il n'y faut plus penser. J'avais bien tort, dis?
—Je suis comme vous, j'ai le cœur plein; les paroles ne me viennent pas pour vous dire tout ce que je ressens.
—Et d'abord ne me dis pas vous, on a l'air d'être fâché; dis-moi toi, ça sera bon tout plein. Ça rend bon, d'aimer. J'ai dit à ma bonne qu'elle pouvait recevoir son amoureux, et, en me peignant, je parlais au bon Dieu; c'est la première fois de ma vie. On ne croit pas toujours en lui, on a bien tort, il est très-bon; car enfin, s'il vous fait du mal, c'est souvent pour votre bien; si tes amis ne t'avaient pas dit que je n'étais qu'une rien du tout, tu n'aurais pas osé venir; si tu n'étais pas venu, je n'aurais jamais aimé personne. Y crois-tu, au bon Dieu, mon chéri?